26 décembre 2009
Le 150e anniversaire de l’annexion approche : Voilà revenus les falsificateurs de notre histoire... Par Alain Roullier-Laurens
Certains, l’an prochain, vont fêter l’anniversaire de l’annexion de Nice en 1860, en la nommant pudiquement « rattachement », ce qui donne une apparence plus consensuelle. Il faut rappeler que tous les documents d’époque et l’almanach impérial pour l’année 1860, parlent bien « d’annexion » et non de rattachement. Mais ceux qui aujourd’hui croient se dédouaner par un artifice de style, devraient se méfier car « rattachement » signifie « attacher de nouveau ». Nice, la première fois fut « attachée » à la France révolutionnaire en 1792 (en général on attache avec des chaînes ou des liens, ceux que l’on retient par la force brutale…) ; il y eut un semblant de vote, puisque le quart seulement des communes du Pays de Nice votèrent. Et quel vote ! Organisé par la Convention des Colons Marseillais, composées de provençaux… Cette association illégale s’était octroyée tous les pouvoirs et régnait par la dictature à Nice, avec la bénédiction des Commissaires de la Convention. Ce n’était pas toute la population qui votait à bulletin secret mais un public choisi ; à Nice l’opération s’est déroulée dans les locaux de la Convention des Colons marseillais, et « par acclamations » ! Dans les communes où l’on vota dans les mairies, toujours « par acclamation », les procès-verbaux font état d’importantes restrictions ou de formules à double sens qui rendent le vote nul. Roquestéron, fut la seule commune qui se prononça franchement pour la France jacobine. Le vote pour l’ancien régime étant interdit, plusieurs communes votèrent pour leur indépendance.
En 1860, Nice fut occupée militairement le 1er avril 1860 (en vertu du mémorandum secret signé en même temps que le traité de Turin, et que les historiens français passent évidemment sous silence), occupation suivie d’un plébiscite truqué organisé par la puissance occupante et ses suppôts. Napoléon III avait envoyé son homme des basses œuvres à Nice, le tristement célèbre Piétri, qui avait été ministre de la police près le coup d’État du Deux Décembre, et avait fait pourchasser, et emprisonner les républicains dans des bagnes, avant de se charger plus tard de truquer les plébiscites impériaux en France. C’était un spécialiste de la question. Partout ou une opération malsaine ou illégale était organisée (comme la récupération de lettres très compromettantes pour Napoléon le petit), on envoyait Piétri, à tel point que les pamphlets d’opposition (la presse office était muselée) nommaient Piétri « la mouche à m… » et que les caricaturistes le portraituraient ainsi. À Nice, ne disposant que peu de temps il se chargea du trucage du plébiscite, trucage qui ne peut sérieusement être nié, tellement les ficelles sont grossières… et les archives diplomatiques comme les témoignages, très explicites…
Cela dit en préambule, on m’a signalé qu’un pseudo-historien et universitaire qui n’est pas Niçois, car être Niçois ce n’est pas seulement habiter à Nice, fait circuler sur le net, un texte qui se veut savant, affirmant que la dédition de 1388 n’en était pas une, dans le seul but de nier que les Niçois aient accompli, à cette occasion, un acte souverain en pleine liberté (ce qui leur donne des droits du fait de la violation de cette charte en 1860). Ce pseudo-historien, dont je ne citerai pas le nom, car je fais de cette affaire une question de principe, non de personne, avait déclaré, il y a quelques années, si ma mémoire est bonne que les Niçois avaient traité avec la Savoie, car les provençaux ne les défendaient plus contre les Sarrasins ! Cela m’avait fait bien rire à l’époque: c’était l’histoire de Nice, vue du centre de la France avec une jumelle de théâtre ; j’avais pensé alors que ce n’était que de l’ignorance, mais voilà qu’il réitère aujourd’hui en niant que les Niçois aient accompli un acte de souveraineté en signant la charte dédition avec Amédée VII de Savoie en 1388. Alors là, comme nous sommes à la veille du 150e anniversaire de l’annexion, et que le pouvoir jacobin parisien mobilise ses porte-voix, pour diffuser inlassablement sa propagande mensongère sur le plébiscite, je pense qu’il ne s’agit plus d’ignorance, mais de falsification pure et simple.
J’aimerais que ces gens qui ne sont pas niçois cessent de jacasser sur notre histoire et de la tordre dans tous les sens, pour la plier à la version officielle française. Je rappelle brièvement les faits historiques. Les Niçois qui se sont proclamés indépendants en 1108 avaient établi le municipe, ils élisaient leurs consuls, édictaient leurs lois, passaient des traités et accomplissaient tous actes de souveraineté. D’autres villes d’ailleurs avaient secoué le joug du comte de Provence et avaient fait de même, comme Marseille, Avignon et d’autres; ces dernières s’étaient même constituées en ligue. L’identité niçoise a donc été formalisée en 1108, même si des ignorants prétendent qu’elle a vu le jour en 1388 car ils ne connaissent pas l’histoire de Nice avant la dédition. Nice, en 1388, allait être attaquée une nouvelle fois par les provençaux dont l’armée campait déjà à Saint-Paul de Vence. Deux solutions s’offraient aux Niçois: combattre ou trouver un puissant allié qui les protégeraient militairement tout en respectant leurs droits inaliénables.
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La charte dite de dédition, mais nommons-la simplement « traité », car c’en était un, fut rédigée avec grand soin, dans ce sens. Ce traité ne fut nullement imposé aux Niçois, comme veut le faire croire le pseudo-historien en question. Les Grimaldi de Beuil, qui tirèrent avantage de l’alliance, avait certes intrigué avec le comte de Savoie pour l’inciter à venir à Nice, mais les Niçois choisirent souverainement et librement après que les chefs de famille aient votés en place publique et que le Grand Conseil ait fait de même; d’ailleurs le comte de Savoie était arrivé à Saint-Pons avec une centaine d’hommes d’armes et sa cour et non à la tête d’une armée d’invasion. L’armée d’invasion était provençale et elle campait à Saint-Paul, prête à fondre sur Nice. C’est justement pour lui échapper que les Niçois traitèrent avec le comte de Savoie. Le traité stipulait, entre autre, que la ville ne pourrait être cédée à aucun seigneur et encore moins au comte de Provence ou au roi de France. Si les Niçois avaient voulu l’inverse, s’ils avaient été « forcés » par le comte de Savoie, comme le suggère le pseudo-historien, il leur suffisait d’appeler et d’accueillir l’armée provençale qui était tout près de là. Et si cette armée se trouvait là c’était pour réduire les Niçois par la force.
Pour faire litière de ces élucubrations je dirais d’abord, que ma famille maternelle, les Laurens, est niçoise depuis 1250 et qu’elle figure à l’Armorial du comté; que ma famille paternelle est à moitié breilloise par les Dellerba, depuis des temps aussi lointains ; ceci n’est pas symbolique et je vais expliquer pourquoi au pseudo-historien non Niçois, qui se permet de réécrire l’histoire de mes ancêtres, et de ceux de nombreux de Niçois, alors qu’il ferait mieux de s’occuper des siens. Après la signature du traité de 1388 par les Niçois, toutes les principales villes du haut pays a dressèrent immédiatement ou plus tard, des députations au comte de Savoie pour passer également des traités similaires. Il se trouve que parmi mes ancêtres, certains traitèrent avec le comte de Savoie et que je possède une très précieuse charte originale de cette époque, sur parchemin, qui est précisément l’un de ces accords. Il s’agit d’un long et important texte en latin, très explicite et très fouillé, qui prouve que rien n’a été imposé, ni signé à la hâte, et que l’accord n’a pas été forcé, mais mûrement réfléchi et signé volontairement et en conscience. 
Tous les historiens Niçois anciens, font état d’une alliance de Nice avec la Savoie, librement consentie ; plus tard, en 1814, libérés de l’odieuse occupation française, révolutionnaire, puis impériale, c’est avec une joie indescriptible que les Niçois accueillirent le retour de Nice à la Maison de Savoie. Il serait trop long d’énumérer les écrits de nos historiens anciens sur ce sujet ; je citerai le chevalier Jean-Baptiste Toselli, connu pour ses ouvrages historiques et son célèbre recueil de proverbes niçois : « Au Moyen Âge Nice, ville libre, était l’alliée des républiques de Gênes et de Pise, tandis qu’elle n’eut avec les peuples au-delà du Var que des relations d’hostilité. Elle eut beaucoup à souffrir des ravages des Lombards et des Sarrasins ; et après un siècle entier de luttes acharnées contre les comtes de Provence, écrasée et contrainte de céder au droit du plus fort, elle sut encore faire respecter sa propre autonomie, et le conquérant n’osa exiger de ses habitants qu’une redevance annuelle qui ne fut presque jamais payée. Enfin, au XIV siècle, les désordres de la Maison d’Anjou ayant permis à Nice de reconquérir son indépendance, elle en profita pour se donner au gouvernement le plus rapproché, c’est-à-dire la maison de Savoie ».
Le protectorat conditionnel accordé à la Maison de Savoie était très restrictif car il conservait aux Niçois toutes leurs franchises et maints autres droits inaliénables comme le souligna l’érudit Joseph André : « L’ancienne tradition conservait intacte et lumineuse, la mémoire de 1388, quand à l’ombre du vieil orme, les anciens Niçois tout en se donnant à la Maison de Savoie, réservèrent leurs franchises locales, avec la plus scrupuleuse minutie jusqu’à consacrer dans un traité solennel le privilège et le prix du sel : « pro pretio consueto scilicet duorum solidorum et dimidii pro sextario », jusqu’à faire consacrer dans un do cument officiel qu’en aucune manière, ni pour des raisons civiles, ni pour des procès criminels, les Niçois ne pouvaient être inquiétés par leurs propres tribunaux, « nisi causa dominum comitem tangeret » […] Depuis le XIe siècle, le Conseil de Nice disposait non seulement d’une juridiction civile et criminelle, mais il avait aussi la faculté de conclure des Traités de Paix et de Commerce comme en fait foi la lettre de l’Archevêque de Pise aux « bonis viri » de Nice… ». L’historien niçois Durante qualifia le traité de 1388 « de pacte de préférence et de libres choix ». Mais M. le pseudo-historien, qui sévit sur le net réécrit l’histoire de Nice, la veille du cent cinquantenaire. Bis repetita non placent : l’on retrouve en effet, toutes sortes de publications de propagande totalement mensongères éditées en 1860, au moment du centenaire de l’annexion, voilà que cela recommence ! À l’époque j’étais écolier et déjà j’avais de refusé d’aller faire le clown dans un stade en agitant des petits drapeaux français, et en chantant des hymnes en l’honneur des destructeurs de l’identité niçoise ; aujourd’hui, cinquante ans plus tard, j’ai bien l’intention de ne pas laisser passer les insultants mensonges sur notre histoire que l’on va de nouveau tenter promouvoir.
Je n’entrerai pas dans de plus amples détails, car l’on pourrait citer de multiples textes sur le sujet et me bornerai à un avertissement : ne niez donc pas l’évidence, Messieurs les falsificateurs, car vous me trouverez toujours sur votre route, pour défendre notre histoire et nos droits ancestraux. Le fait que les Niçois aient des droits juridiques établis, et que Nice ne soit pas une colonie de vacances crée par la France en 1860, vous chagrine? C’est pourtant ainsi, et vos écrits mensongers n’y changeront rien, car ils buttent sur les faits historiques, les documents irréfutables et la conscience collective de notre peuple. Rappelez-vous toujours qu’en 1166 le comte de Provence Raimond Béranger III qui avait organisé une expédition punitive contre les Niçois révoltés et promis de livrer la ville au pillage, fut tué sous nos remparts par la flèche d’un archer niçois… Cet événement prouve on ne peut mieux l’amour débordant qu’éprouvaient nos ancêtres pour la Provence, gouvernée par la Maison française d’Anjou ; il devrait vous inciter, soit à respecter enfin notre véritable histoire, soit à vous taire, car les archers niçois d’aujourd’hui ont de nombreux documents dans leur giberne et des flèches porteuses de vérité dans leurs carquois…
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« Les mains amies... » Alain Roullier-Laurens répond à M. Raoul Mille
C’est avec stupéfaction que j’ai pris connaissance de vos écrits dans la Lettre du maire de septembre 2009 à propos de l’annexion de Nice en 1860. Vous parlez de « mariage d’amour, de corbeille de mariage », et vous trouvez une explication à cet amour brûlant qui selon vous, aurait conduit les Niçois à s’unir à la France : « Un mariage d’amour, chacun apportant dans la corbeille ce qu’il avait de plus précieux, de plus beau de plus singulier. Depuis la deuxième moitié du XVIIIe siècle, Nice s’était ouverte aux étrangers, les Niçois avait trop connu les guerres et les invasions pour ne savoir pas reconnaître les mains amies ».
Les mains amies, dites-vous ? J’ai cru rêver !!! Seul un non-niçois ou un « niçois administratif » peut oser parler de mains amies, car toutes les guerres et invasions que vous évoquez ont été des agressions de la France, contre Nice et les Niçois. Dans la « corbeille de mariage » ou plutôt de deuil, la France apportait surtout le souvenir de flots de sang et de souffrances sans nombre qu’elle avait imposé aux Niçois au cours des siècles, ainsi que l’assurance de la destruction de l’identité niçoise, transformée en folklore à deux sous. La puissance annexante, a résumé nos vingt-cinq siècles d’histoire par le pan-bagnat et le festin des cougourdons.
Puisque vous semblez l’ignorer, je vais vous dire ce que les « mains amies » ont fait subir aux Niçois de cette époque et donc à mes ancêtres, comme à ceux de mes concitoyens qui ne sont pas des Niçois « administratifs » et également, par extension à tous ceux qui n’étant pas Niçois, ont voulu le devenir, car ils adhèrent à nos valeurs et compatissent sincèrement à nos malheurs passés et présents :
Au moyen âge,
Les « mains amies » de la Maison d’Anjou issue de la famille royale de France, et régnant sur la Provence, agressèrent constamment les Niçois, qui jamais ne voulurent leur céder.
En 1536, les « mains amies » des agents du Trésor français, confisquèrent tous les biens que les Niçois, possédaient en Provence.
En 1543, les « mains amies » du roi Très Chrétien François Ier signèrent l’ordre d’attaquer Nice. Il jeta aussi contre les Niçois ses alliés Turcs qui en tant qu’amis des amis français, les aidèrent à tuer les habitants en les écrasant sous les boulets chauffés à blanc ; à brûler le couvent de Sainte-Croix, à violer les religieuses, à piller et ravager la ville basse ; à razzier un millier de prisonniers dans le haut pays, pour les vendre comme esclaves sur les marchés d’Alger. Fort heureusement ils furent libérés par la flotte de Doria.
En 1629,
les « mains amies » organisèrent l’invasion du pays de Nice ; le 14 mars 17 000 français commandés par le duc de Guise et le maréchal d’Estrées attaquèrent Nice ; ils furent repoussés, mais commirent des déprédations chiffrées à 131 808 ducatons.
En 1691,
les « mains amies » de louis XIV, signent l’ordre d’envahir le pays de Nice. Le pays sera pillé, et pressuré durant six ans.
En 1705,
les « mains amies » du Roi-Lune, signèrent de nouveau l’ordre d’envahir le pays niçois, avec cette très amicale recommandation : « Brûlez, brûlez bien leur pays ! ». Les mains amies firent pleuvoir sur les Niçois, selon la comptabilité royale : « pour 2 624 794 livres et 2 sols de munitions ». Du 11 novembre 1705 au 4 janvier 1706, soit moins de deux mois, les batteries françaises, servies par des « mains amies » et utilisant 644 396 livres de poudre, firent pleuvoir sur les Niçois: 400 bombes de 5; 535 bombes de 12 pouces ; 273 bombes de 9 ; 8 208 boulets de 18 ; 29 153 boulets de 24, et 9 888 boulets de 36… Le Château fut détruit, le pays pillé et les Niçois spoliés et écrasés d’impôts et de contributions de guerre.
Le 6 juin 1705,
l’Intendant français Gaillot, en pleine trêve, fit arrêter illégalement une jeune niçoise, Catherine Ribauda, qui apportait un panier de vivre à un parent se trouvant dans le Château assiégé, et la « main amie » du français Gaillot, signa l’ordre de la pendre haut et court à la porte Pairolière pour terroriser la population, comme les Allemands firent beaucoup plus tard avec Torrin et Grassi. Cette très amicale occupation française durera jusqu’en 1713.
Les troupes révolutionnaires envahirent Nice. Elles installèrent une Société populaire et une Convention des Colons Marseillais, composées et dirigées par des provençaux. Ces institutions illégales soumirent le pays de Nice à une dictature si féroce qu’elle laisse loin derrière elle l’occupation allemande, qui pourtant ne fut pas une partie de plaisir. Pillage des métaux précieux, des biens des particuliers, du sel, du tabac, du bétail, des récoltes et jusqu’aux paillasses et aux chiffons ; emprunts forcés, confiscations, réquisitions sans nombre, institution d’une carte de pain ; famine, épidémies, assassinats, fusillades ; la guillotine à Nice qui fonctionnait sans relâche, exécution sommaire des résistants Barbets par centaines, tortures ; le chef Barbet François Fulconis fut exécuté, son cadavre fut cloué sur la porte de sa mère à l’Escarène, puis traîné dans les rues de Nice… Les Allemands nazis ne pouvaient faire mieux… Spoliation des biens des émigrés niçois lesquels étaient en quasi totalité des artisans et des gens du peuple, loi des suspects, qui frappait n’importe quel habitant qui déplaisait aux jacobins, loi condamnant les parents et les ascendants à dénoncer leurs enfants et petits-enfants émigrés ou insoumis sous peine de voir leurs biens vendus et d’être jetés à la rue, loi raciste interdisant les mariages entre les blancs et les noirs, loi ordonnant la délation, considérée comme l’une des plus grandes vertus républicaines, conscription forcée etc.. Invasion de la foule marseillaise qui coupa des têtes et les promena sur des piques, obligeant les passants à les embrasser…
En 1804.
Proclamation de l’Empire ; nouvelles réquisitions, nouveaux impôts, conscription, poursuite des réfractaires et des Barbets, interdiction de la langue niçoise, etc..
Après ce petit aperçu, très succinct, car on pourrait en remplir des pages, nous voilà déjà convaincus… Nous comprenons tout à fait, Monsieur Mille, qu’en 1860, les Niçois, en souvenir des bienfaits qu’ils devaient à ces mains amies se soient précipités dans les bras de la France. Compte tenu de leur amour débordant, on se demande même pourquoi les « mains amies », armées d’inoffensifs fusils crurent bon d’occuper militairement le Pays de Nice deux semaines avant le vote, en vertu du mémorandum secret signé en même temps que le traité de Turin.
On se demande aussi, pourquoi les « mains amies », sans doute par un inutile excès de prudence, furent contraintes de truquer grossièrement un plébiscite qui, à l’ombre des baïonnettes, était gagné d’avance, en édictant une loin électorale de circonstance, en confiant aux seuls agents français le soin de dresser les listes, d’y inscrire des masses d’étrangers au Pays, en n’imprimant pas de bulletins négatifs, en imposant un vote public et non secret ; en se réservant le droit de statuer sommairement sur les réclamations, et encore en étalant le vote sur deux jours, afin de confier les urnes, toute une nuit, à leur agent stipendié le syndic François Malausséna qui en avait les clefs et le cachet municipal les scellant… Mais voilà l’explication à ces étrangetés : c’était un plébiscite entre amis… et les douze mille Niçois qui quittèrent Nice aussitôt après le « mariage d’amour » étaient sûrement des esprits grincheux. Ceux qui, en masse, refusèrent de voter sous occupation militaire, aussi.
Et puis, l’histoire d’amour ne s’arrête pas là, Monsieur Mille… Après la mascarade du plébiscite à l’ombre des baïonnettes, les « mains amies » ont continué à répandre à profusion leurs bienfaits sur le Pays de Nice colonisé : suppression de la Cour d’appel, de l’Université et du tribunal de Commerce l’un des plus anciens d’Europe, suppression des écoles de Chimie, de Médecine, de Chirurgie, de Commerce, de droit et de théologie, direction de la Gendarmerie et direction des Ponts et Chaussées transférées à Marseille, direction de la Marine transférée à Toulon. Les bâtiments de l’ancien Sénat transformés en prison, le patrimoine niçois laissé à l’abandon, la langue niçoise interdite dans les écoles les administrations et l’armée, et dévaluée systématiquement, etc..
En 1871.
Après les élections législatives du 8 février lors desquelles les candidats séparatistes obtinrent 90 % des voix dans le Pays de Nice, les « mains amies » envoyèrent illico chez nous des vaisseaux de guerre, dix mille fusiliers marins, la gendarmerie, la cavalerie, des canons et des mitrailleuses, mais nous comprenons que c’était par amour car l’on souffre toujours quand un être aimé veut se séparer de nous… Et par la suite les « mains amies » donnèrent des coups de règle sur les doigts aux enfants Niçois qui avaient l’outrecuidance de parler leur langue à l’école, quand on ne leur faisait pas mordre dans un pain de savon pour laver symboliquement les bouches salies par la langue niçoise. Amicales plaisanteries que tout cela, nous en conservons un souvenir ému.
L’annexion de 1860, direz-vous, nous a fait bénéficier du « cadeau du chemin de fer » ce qui est le grand argument de propagande habituel, mais qui à l’étude se révèle totalement faux… Car ce fut en réalité une excellente affaire pour l’État français, lequel ne déboursa pas un demi-centime et récupéra gratuitement le réseau 80 ans après. Le chemin de fer fut payé par un emprunt de la société PLM qui désirait que son réseau français atteigne l’Italie afin de multiplier ses bénéfices ; et pour cela il devait obligatoirement passer par Nice. On a dit faussement aux Niçois que ce « cadeau » coûta la somme énorme de près de 40 millions, mais on ne leur a pas dit que cette somme était le coût total de la ligne Toulon-Frontière italienne et non celui des quelques kilomètres reliant Saint-Laurent du Var à Nice, qui ne coûtèrent pas deux millions, car il ne s’agissait que d’un pont sur le Var, de quelques kilomètres de rails et d’une gare. On ne leur dit pas non plus que l’État français, durant les dix ans de l’Empire avait perçu chez nous près de 50 millions d’impôts, et n’avait investi que 23 913 411 francs dans tout le département dont 20 % pour la ville de Nice.
Et vous prétendez que l’annexion permit de faire bondir Nice dans le progrès, alors que Nice était déjà citée par les historiens antiques comme cité très importante. Henri Sappia indique que l’historien et géographe Grec Strabon (58 – 25 avant J-C) plaçait par ordre d’importance Roma Regia et immédiatement après Nicaea Massiliensium avant toutes les autres villes d’Italie. Toselli indique : « Nice devait être bien importante puisque Ptolémée, qui vivait sous l’empereur Hadrien, parlant des principales villes d’Italie, la nomme immédiatement après la capitale de l’Empire ». Depuis le XVIIIe siècle, et plus encore dans la première partie du suivant, toute l’Europe couronnée et bourgeoise venait déjà à Nice et l’afflux de touristes de l’époque moderne est du au climat exceptionnel de notre ville. Le soleil et notre climat, ce n’est pas la France qui nous les a donné en 1860 ; nous aurions beaucoup mieux exploité et tiré profit de nos richesses tous seuls, alors qu’elles sont aujourd’hui captées par la France.
Les « mains amies » ont aussi fait subir aux Niçois deux guerres meurtrières qui nous coûtèrent un océan de sang, sans compter les interventions et guerres coloniales. Et aujourd’hui les « mains amies » nous font gentiment partager la totale déliquescence de la France, sa faillite économique et morale, une immigration galopante et sans frein, la perte de nos valeurs et l’invasion de pseudo « cultures » étrangères qui notoirement veulent se substituer à la nôtre et nous imposer des usages moyenâgeux que nous rejetons totalement ; et pour finir nous imposer des conflits ethniques sur notre sol, comme nous l’avons vu il y un peu plus de six mois, en plein centre de Nice. Ainsi, Monsieur Mille, l’histoire d’amour se poursuit donc, un siècle et demi après l’annexion frauduleuse, mais vous comprendrez que beaucoup de Niçois n’appréciant vraiment pas ce qu’ils sont contraints de vivre et l’avenir que « les mains amies » préparent à leurs enfants, songent sérieusement au divorce. Dans la corbeille de mariage, sous vos fleurs de pure rhétorique, il y avait des menottes sur un coussin de cactus.
Vous terminez votre message sucré, M. Raoul Mille, par une benoîte interrogation : « Aujourd’hui, qui pourrait sérieusement mettre en doute l’indéfectibilité d’une union forgée par le respect mutuel et l’amour réciproque ? ». Et bien je vais répondre à votre question : les milliers d’adhérents et sympathisants de la L.R.L.N., moi-même, et encore beaucoup d’autres, ne voyons ni amour ni respect réciproque, dans cette prétendue « union », mais en revanche, le mépris de notre identité et de nos droits, la dilapidation de nos ressources, et un avenir catastrophique en perspective ; nous mettons donc en doute, ne vous en déplaise, « l’indéfectibilité » d’une union forcée où l’on ne trouve pas une once d’amour ni de respect pour nous, mais l’asservissement à un système jacobin centralisateur qui détruit notre identité, dilapide nos richesses et nous enchaîne à sa perdition.
Pour finir, je vous suggère d’apprendre l’histoire de Nice avant de vous essayer à la commenter, même succinctement, car on ne peut juger d’un film dont on a seulement entendu parler ; il serait bon également que vous ouvriez les yeux sur ce que subissent les niçois aujourd’hui et sur ce qui les attends, car fatalement vous le subirez aussi.
Croyez, Monsieur, à ma parfaite déploration, pour vos affirmations péremptoires, qui sont inacceptables car totalement contraires à la vérité historique et à ce que nous vivons tous les jours.
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14 décembre 2009
Les infrastructures de Nice avant 1860
Pendant longtemps, on abreuva les niçois d’idées fausses et de mensonges sur les infrastructures de Nice avant l’annexion. Voulant faire croire aux niçois que leur ville était pauvre, en retard, qu’il n’y avait rien et que c’est la France qui donna tout, fit construire et propulsa Nice dans le progrès. Et ce genre de mensonges, bien évidement ressortent à veille de la célébration du 150e anniversaire de l’annexion en 2010
Pour se faire une idée plus précise il convient d’entrer dans les détails en compulsant d’anciens textes, dont la précieuse étude d’Edmond Raynaud datée en 1935. Une visite guidée dans la Nice d’alors permettra aux Niçois d’aujourd’hui de dissiper ces mensonges dont nous a abreuvé la France jacobine depuis 150 ans :
Le Palais Royal : Situé rue du Gouvernement, il avait servi également jusqu’en 1857 d’Intendance Générale. A cette date, Victor-Emmanuel II, qui projetait de rendre visite à l’impératrice de Russie à Nice, le fit embellir, également désireux de faire bonne figure auprès de tous les souverains présents à Nice, qu’il aurait à recevoir. Le grand salon, entre autres, fut décoré par le peintre Hauser, auteur des fresques de la Villa Belvédère ainsi que du tableau qui domine le Maître-Autel de l’église du Vœu.
L’Hôtel de Ville : (anciennement nommé Palais Communale) Il se situait Place Saint-François dans un bel édifice de style Génois du XVIIIème siècle (actuellement Bourse du Travail).
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La cours d’Appel : Elle siégeait dans les locaux de l’ancien Sénat (aujourd’hui asile de nuit !) 70 avocats, 12 avoués et 12 notaires y étaient attachés.
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Le tribunal de première instance : Aussi dénommé Tribunal provincial. Présidé par M. André Faissole, il siégeait rue de l’Hôpital (aujourd’hui rue de l’Hôtel de Ville). Il existait à Nice deux juges de mandement (équivalant à des juges de Paix) : Jean Rossi, juge intra-muros, et Félix Martin, juge extra-muros.
Le tribunal de Commerce : Présidé par Maurice Donaudy, il siégeait rue du Pont-Neuf.
La Poste Royale : Depuis la réforme des lois postales en 1851, le service postal était particulièrement bien organisé. L’ensemble du Pays de Nice était desservi par 34 bureaux de poste en plein exercice : Nice, Breil, Contes, Clans, Drap, Eze, Guillaumes, Isola, Levens, La Croix, Puget-Théniers, Lantosque, Pont-du-Var, St-Sauveur, St-Etienne-de-Tinée, St-Martin-du-Var, St-Martin-de-Lantosque (St-Martin-Vésubie), Roquebillière, Utelle, Roquestéron, Gilette, Roussillon, Sospel, Tende, Villefranche, Villar-sur-Var, La Turbie, Touet-sur-Var, La Trinité-Victor, l’Escarène, Tourrette, Saorge, plus Monaco et Menton. La direction générale des postes pour le Comté se trouvait place Victor (aujourd’hui place Garibaldi). De là partaient les principaux courriers : le matin à 9 heures celui de France, l’après-midi à 17 heures, celui de Turin, le soir à 19h30, celui de Gênes. A Nice, des boîtes à lettres étaient disséminées dans la ville : sous les arcades du port, au bureau des Tabacs du faubourg St-Jean-Baptiste, ainsi que dans les pharmacies Draghi, rue de France, Danie, quai Masséna, Musso, rue du Pont-Neuf, Paulian, rue du Cours, Dalmas, du Gouvernement et Vérani, rue Ste-Réparate.
La compagnie des Eaux : Une société des eaux existait déjà. L’eau était captée au Vallon Obscur, près de saint-Sylvestre, et acheminée vers la ville, abondamment pourvue en fontaine et en puits.
Eclairage public : Les rues de la cité étaient éclairées au gaz depuis 1854. Dès 1848 avait été mise en chantier une usine de traitement de la houille et de production de gaz achevée en 1851.
Les Consulats : De Francfort, de France, de Rome, ect. étaient répartis dans les belles artères ou place de la ville.
Les Hôpitaux : L’Hôpital Saint-Roch (à l’emplacement de la mairie actuelle), l’Hospice de la Charité, l’Hôpital de la Croix, rue Victor, l’Asile évangélique et l’asile du Saint-Esprit, qui pratiquait la médecine homéopathique.
Médecine : La ville comptait 45 médecins ou chirurgiens mais un seul dentiste.
Etablissement horticoles : Les plus connus étaient La Ferme Saint-Etienne d’Alphonse Karr et les serres de Martin Joly, rue Longchamp. De nombreuse Maisons de commerce exportaient des fleurs, fruits, essences et fruit confits.
Education : L’Université de Nice, sous la direction du docteur Jean-Pierre Auda, Procureur Royal, dispensait des cours préparatoires de Droit, de Médecine et de Pharmacie. Nice comptait plusieurs écoles : Le Collège Nationale, Le Lycée commerciale, le petit séminaire au Lazaret ; l’instruction primaire était dispensée pour les garçons par les Frères des écoles chrétiennes (dans un ancien couvent sis derrière l’église du Gésu) ; pour les filles par deux institutions, Les fidèles compagnes de Jésus et les religieuses du Bon Pasteur, toutes deux installées rue de France. L’école de chirurgie et de Médecine était déjà signalée dans les Constitutions royales pour l’Université édictées par le du Victor-Amédée en 1720, 1723, 1729 et par Charles-Emmanuel III en 1738. L’enseignement était dispensé par les meilleurs médecins et chirurgiens (entre autres Ignace Del Vale, chirurgien de la Maison Royale et le savant Botaniste Antoine Risso) ; en 1844 l’on compta 12 candidats aux examens. Cette école subsista jusqu’à l’annexion de 1860. Les cours théoriques étaient dispensés dans les locaux du Collegio Convito Nazionale. Dans ce même collège se trouvait aussi les écoles de Droits, de Chimie, de Pharmacie et de Théologie.
Manufacture de Tabac : Elle était située rue Saint-Francois de Paule et employait plus de 200 personnes, dont les fameuses cigalusa. Avant l’annexion, la Manufacture s’était déjà étendue dans de grands locaux sis route de Villefranche.
Le Commerce : Outre le tourisme, le commerce de l’huile d’olive, des fleurs, de la parfumerie, des fruits et agrumes, des poissons séchés, des produits orientaux arrivant au port. Il faut ajouter la vente de bois ; les fûts de sapins coupés dans les montagnes étaient charriés par le Var et traités à Nice ; le bois de châtaignier venait du Piémont. La ville était d’ailleurs connue dans toute l’Europe pour ses productions de marqueterie, depuis qu’en 1822 Claude Gimelle avait installé aux Ponchettes un important atelier de marqueterie. A cela il faut ajouter la production de vin et de soie. Un siècle auparavant, Smollet écrivait déjà à ce propos : « 22 octobre 1764 : le Comté de Nice produit une quantité considérable de chanvre d’oranges, de citrons ainsi que de l’huile excellente, de très bons anchois et une certaine quantité de soie et de vin, lequel est meilleur que celui du Languedoc et bien supérieur au porto que l’on boit en Angleterre. Ce vin a du corps et un goût agréables, se conserve et s’améliore par le transport maritime » ; « 10 novembre 1764… Il existe une manufacture de soie juste en dehors d’une des portes de la ville ; on y voit tourner quarante broches et un nombre double de jeunes filles y trouvent de l’emploi. Le comté de Nice tout entiers produit environ cent-trente trois balles de soie de cent livres chacune, ce qui représente une valeur de quatre cent mille Livres… »
Hôtellerie : Les principaux Hôtels étaient : l’Hôtel d’Europe (rue de France), Chauvin (quai St-Jean-Baptiste), Paradis, du Nord, d’Angleterre, de l’Univers, de la Grande-Bretagne, des Etrangers, de Brezzi, d’York (ancien Hôtel particuliers des comtes de Cessole, place du Palais), des princes (aux Ponchettes), l’Hôtel Royal, l’Hôtel Russe (à côté du Temple Vaudois). L’auberge Grec (Place St-Francois), l’auberge du chapeau-rouge (Faubourg St-Jean-Baptiste) Hôtels et pensions étaient au nombre d’une quarantaine environ.
Le cercle Philharmonique : Son siège était au 15 rue du Pont-Neuf. Il était fréquenté par des Niçois mais aussi des musiciens célèbres en villégiatures à Nice. Paganini s’y produisit très souvent.
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Thermes et établissement de bains : Thermes tenus par le Docteur Binet, l’établissement de bains des Quatre-Saisons, les polythermes de Mari. La riche clientèle étrangère habituée aux villes d’eau ne considérait souvent que les vertus curatives de l’eau de mer, et non les plaisirs de la plage comme on les conçoit aujourd’hui.
Théâtres : Le Théâtre Royal (Opéra Italien), rue Saint-Francois de Paule, le Théâtre-Cirque Tiranty (à l’emplacement actuel des Galeries Lafayette), le Théâtre Populaire Ségurane, rue Victor (actuellement de la République). La plupart des grands hôtels possédaient des salles de concert ; pendant la saison, la musique militaire donnait des concerts sur le Cours ou dans les kiosques à musique. Comme tous les Latins, les Niçois avaient une prédilection pour l’Opéra et la musique ; une fausse note lors d’une soirée de Gala pouvait déchaîner une tempête dans la presse. Nice a été le séjour des plus grands musiciens, dont les célèbres Paganini et Meyerbeer, protégés par les comtes de Cessole. C’est à Nice que Berlioz écrivit certaines de ses œuvres, et sous les ombrages du parc de la Villa de Cessole que plus tard Meyerbeer composa l’Africaine.
Musée et Bibliothèque : Ils étaient installées dans les mêmes locaux, rue Saint-François-de-Paul. On peut regretter que beaucoup d’objets provenant des fouilles de Cimiez n’y aient pas été conservés, mais vendus ou envoyés à Turin.
Journaux : Quatre journaux étaient imprimés à Nice : Il Nizzardo, La Gazette de Nice, Le Messager et l’Avenir de Nice ; on y trouvait aussi les grands journaux étrangers. Il est surprenant de constater que Nice, qui ne comptait que 48 000 habitants en 1860, bénéficiait à l’époque du luxe démocratique que représentait quatre journaux ; aujourd’hui près de 350 000 Niçois doivent se contenter d’un seul, ce qui pour le moins démontre une régression de la liberté d’expression.
Lieux à la mode : Le cabinet de lecture Visconti, sur le Cours ombragé d’Ormeaux, recevait depuis 1839 la société lettré dans ses salons de conversation et éditait un journal ; dans sa salle de lecture, l'on pouvait consulter 87 journaux différents. Sa bibliothèque circulante était riche de 17 000 ouvrages et l’on donnait même des concerts dans les salons… Niçois et touristes consommaient des glaces au bout du Cours, au café-Américain dont le beau jardin allait jusqu’à la mer ; les cafés Charles-Albert et de la Poste, place Victor ; le pâtissier Muller et la Mercerie Crebasse, place St-Dominique ; le Café de la veuve étaient installés les magasins élégants : la librairie Delbecchi, la boutique d’étoffes de Messiah de Londres, la boulangerie Française de Rousseau, le Bazar Roche-Maizonié-Sauvan, les Ets. Cassin et Frères. Rue Saint-François-de-Paul l’on trouvait l’épicerie Anglaise de Berlandina, le tailleur Fricéro, le coiffeur Macari et le lunetier Doninelli qui officiait A la lunette d’or. Rue de la Caserne (aujourd’hui de la Préfecture) les sous-officiers se retrouvaient au Café de Paris situé en étage.
Police et Télégraphe : Les bureaux de police, des passeports et des télégraphes étaient installés place de la Poissonnerie. Dès 1800 un télégraphe optique fut installé au Mont-Boron.
Voirie : A cette époque, la Promenade des Anglais venait d’être prolongée jusqu’au Pont-Magnan ; le jardin Public ou jardin des plantes existait déjà ; la Place Masséna, dessinée par vernier en 1835, était pratiquement achevée et le projet d’une grande voie traversant le faubourg Longchamp était déjà l’étude ; dans ce quartier s’élevait l’église russe (inaugurée en janvier 1860) du à la générosité de l’impératrice Alexandra-Féodorovna.
Imprimeries : Féraud et Cie (Imprimerie Nationale), société typographique, Caisson, Suchet et fils, Canis et frères.
Evêché : l’Evêque Mgr Sola résidait Villa Sainte Agathe et ses bureaux se trouvaient rue Sainte-Réparate. Les paroisses urbaines étaient au nombre de quatre. Trois prêtres desservaient les faubourgs et dix la campagne environnante.
Transports : Par mer, le vapeur Dante de la Cie Rubattino assurait la liaison Nice-Gênes, et la Cie Fraissinet le service entre Nice et Marseille. Par terre, les Messageries Impériales partaient de la place Masséna pour Marseille et Gênes. En outre, les Messageries Générales assuraient une correspondance avec les trains express pour Paris. Les diligences pour Coni partaient de l’Hôtel de l’Univers, place Saint-Dominique. Les Ets Loupias louaient des voitures voyage ; dans la ville l’on pouvait utiliser des voitures de place. Trois omnibus conduisaient au Var, à Saint-Martin-du-Var et à Levens. A Nice même une ligne de tramways hippomobiles reliait, depuis 1854, le Pont-Vieux au quartier du Ray.
Les édiles : L’intendant Général : Ferrero della Marmora. Deux députés : le chevalier Laurenti-Roubaudi et le docteur Jean-Baptiste Bottero (au moment de l’annexion : toujours Laurenti-Roubaudi et Garibaldi). Le Syndic (maire) : l’avocat François Malausséna (nommé d’office en remplacement de M. Barralis), qui avant les élections de janviers 1860, était secondé par six vice-syndics et quarante conseillers.
Armée : A Nice était stationnée la brigade Piémont, composée de deux régiment d’infanterie commandés par le général Philibert Mollard ; ils étaient casernés places Saint-Dominique et Saint-Augustin. La Garde Nationales était composés de trois bataillons. Rue Saint-François de Paule, se trouvait une caserne de carabiniers.
La Banque Nationale : Ses locaux se situaient sur la Place Saint-Dominique. Il existait également à Nice plusieurs banques privées.
Voilà la « pauvresse » que la France prit sous tutelle pour lui rendre service… on comprend qu'elle n’ait jamais voulu par la suite rendre ses biens et sa liberté à la pupille devenue majeure…
La radiographie, même sommaire, de la structure de Nice en 1860, montre à l’évidence que la ville et le Pays de Nice formaient une entité très cohérente, soudée par une langue, une culture, et qui disposait d’extraordinaires et indéniables atouts. Certes, des progrès restaient à faire dans certains domaines, mais qu’était la société française à cette époque en dehors des Tuileries et des salons bourgeois ? Et la société anglaise qui s’accommodait de voir des enfants de dix ans, tirer des chariots dans des mines de charbons ? Ou plus proche de nous, Monaco à la même époque ? En 1860, le territoire de la Principauté n’était que rocailles et friche ou paissaient des troupeaux de chèvres au milieu de caroubiers sauvages. Sur le Rocher se trouvait un Palais à demi-démeublé, gardé par une trentaine de carabiniers mal vêtus ; l’accès très difficile par la terre obligeait les visiteurs qui désiraient s’y rendre à aborder la principauté par la Mer.
Quand on songe à ce qu’était le Pays de Nice à la même époque, et que l’on compare Nice et Monaco aujourd’hui, on aura compris sans grandes explications ce que notre ville a perdu en 1860…par la faute d’une poignée de banquiers avides, de prêtres corrompus et de hauts-fonctionnaires serviles et égoïstes qui en se vendant à la France entraînèrent les Niçois avec eux. Alors que le Pays de Nice était matériellement prêt pour l’indépendance ; sa situation économique n’était nullement catastrophique et ses possibilités immenses. Il suffit de voir le solide plan politique établit par le banquier niçois Gonzague Arson, que le prince de Monaco d'alors reprit à son compte…
10 novembre 2009
M. Estrosi, ministre de la République, veut faire « réhabiliter » Napoléon III… qui la renversa !!!
Monsieur Estrosi non seulement veut faire réhabiliter ce sinistre personnage, honni depuis un siècle et demi, mais en plus il projette, dans le cadre du 150e anniversaire du « rattachement » de Nice à la France, qui fut une annexion frauduleuse, faite sous occupation militaire, de « fleurir le pont Napoléon III » ; gageons que ces fleurs vont faner dans la journée. Cette idée n’a pu germer que dans l’esprit, d’un homme pour le moins inconséquent et ignorant totalement l’histoire de France et celle de Nice. Napoléon le Petit, était un spécialiste des plébiscites truqués, et il se maintint au pouvoir de la sorte. Nous parlerons en temps voulu des fraudes scandaleuses qui eurent lieu à Nice en 1860, et nous évoquerons celui qu’il organisa après son sanglant coup d’État du 2 décembre 1851.
Avant d’écouter la voix immense de Victor Hugo, rappelons les faits : A la mi-novembre 1851, Louis- Napoléon, président de la République, criblé de dettes, (et dont le mandat non renouvelable arrivait à terme peu après), avait fait soustraire par Casabianca, ministre des finances nommé pour une semaine (!), la somme de 20 millions en or à la Banque de France, afin d’acheter des généraux corrompus. Le 2 décembre, trahissant son serment, et avec leur aide, il renversa la République !
Du 2 au 5 décembre des milliers de parisiens soulevés furent atrocement mitraillés et massacrés sur les barricades et les boulevards ; le « Petit » installa un gouvernement dictatorial que Victor Hugo qualifia de « main baignée de sang qui trempe le doigt dans l’eau bénite ». Un décret du 9 janvier suivant décima la représentation nationale : 4 députés furent déportés à Cayenne et 1 en Algérie, 84 furent expulsés avec interdiction de revenir en France sous peine de déportation, dont Victor Hugo et Schoelcher qui en 1848, avait fait abolir l’esclavage (M. Estrosi célèbre l’abolition de l’esclavage, mais en même temps, honore celui qui a exilé Schoelcher qui le fit abolir ! Entre les deux personnage, il faut pourtant choisir… !) ; 18 autres députés furent assignés à résidence. Trente-deux départements furent mis en état de siège et des colonnes infernales traquèrent partout les républicains et les fusillèrent après de sommaires procès…
Les 20 et 21 décembre suivant, le Petit organisa un plébiscite truqué, alors que tous les républicains étaient arrêtés, traqués, en fuite et le pays sous le coup de lois d’exception. C’est Piétri, nommé préfet de police, et surnommé « la mouche à m… » par les journalistes d’opposition de l’époque (et caricaturé de la sorte), qui se chargea de la sale besogne, et le résultat fut excellent. « La mouche à m… » s’occupa plus tard, en 1860 de truquer le plébiscite d’annexion à Nice. Victor Hugo écrivit à propos de ce plébiscite truqué : « …Ah, vous me direz, M. Bonaparte, que vous n’avez pas pu faire autrement… Qu’en présence de Paris prêt à se soulever, il a bien fallu prendre un parti… Et, quant au coup d’État, que vous aviez des dettes, que vos ministres avaient des dettes, que vos aides de camp avaient des dettes, que vos valets de pied avaient des dettes, que vous répondiez de tout… Qu’on n’est pas prince, que diable, pour ne pas manger de temps en temps quelques millions de trop, qu’il faut bien s’amuser et jouir de la vie; que c’est la faute de l’Assemblée nationale qui n’a pas su comprendre cela et qui voulait vous condamner à deux maigres millions par an et qui plus est, à vous forcer de quitter le pouvoir au bout de vos quatre ans; qu’on ne peut sortir de l’Élysée pour rentrer à la prison de Clichy, que vous avez eu recours, en vain, aux petits expédients prévus par l’article 405; que les scandales s’approchaient, que la presse démagogique jasait, que l’affaire des lingots d’or allait éclater; que vous deviez du respect au nom de Napoléon, et que n’ayant pas d’autre choix, plutôt que d’être un des vulgaires escrocs du Code, vous avez mieux aimé être un des grands assassins de l’histoire…»
« Quoi, vous sortez brusquement de l’ombre, le sabre à la main et vous me dites: Vote! et vous appelez cela un scrutin ! 7 500 000 suffrages! qu’est-ce c’est ce chiffre-là? D’où sort-il? Qui a compté? Baroche! Qui a scruté: Rouher! Qui a contrôlé? Piétri! Qui a additionné? Maupas! Qui a vérifié? Trolong! Qui a proclamé? Vous… C’est à dire que la Bassesse a compté, la Platitude a scruté, la Rouerie a contrôlé, le Faux a additionné, la Vénalité a vérifié et le Mensonge a proclamé… Vous avez demandé l’absolution au vote; mais seulement vous avez oublié de vous confesser. Et en disant au vote: absous-moi, vous lui avez mis sur la tempe le canon de votre pistolet… Qu’est-ce Louis Bonaparte? C’est le parjure vivant, c’est la restriction mentale incarnée, c’est la félonie en chair et en os, c’est le faux serment coiffé d’un chapeau de général et se faisant appeler Monseigneur… ».
Et c’est également, l’homme que M. Estrosi veut faire réhabiliter et honorer en fleurissant un ouvrage qui à Nice, malheureusement et pour notre plus grande honte, porte son nom. La IIIe République déclara nuls et non avenus tous les plébiscites organisées par le Petit, sauf évidemment ceux de Nice et de Savoie… qui, comme par hasard furent considérés comme les deux seuls plébiscites valides… pour ne pas rendre la liberté aux deux peuples annexés. Laissons le mot de la fin au général de Gaulle, à qui l’on proposait en 45 de se faire plébisciter : « Vous n’y pensez pas! En France, la famille Bonaparte a rendu tout plébiscite impossible! ». Et à Nice, l’an prochain, un ouvrage portant le nom de Bonaparte le Petit, qui renversa la République, sera fleuri… par un ministre UMP ! Après toutes les palmes obtenues par l’actuel maire de Nice, il obtiendra à coup sur, celle de la moralité… mais dans le cimetière de Colombey, il risque d’y avoir… des feux follets de mécontentement...
04 novembre 2009
Chronique d'une forfaiture
PAÏS NISSART (Chronique d'une forfaiture)
envoyé par Libera_Nissa. - L'actualité du moment en vidéo.
19 octobre 2009
Le droit français s'applique t'il en Savoie et Pays Niçois?
En Savoie comme en Pays Niçois, le droit international entre en conflit avec le droit français.( Droit international ONU 1947 )
Ces articles de presse en témoignent...
14 octobre 2009
150 ans d'annexion: Silence complice des associations culturelles niçoises !
A quelques mois des célébrations concernant les 150 ans de l'annexion frauduleuse du pays de Nice par la France de Napoléon III, beaucoup de Niçois s'étonnent du silence des représentants des associations culturelles niçoises. Pas un mot des «associations du comté de Nice»!. Cela est d'autant plus surprenant que ces associations se prétendent les ferventes avocates du patrimoine et de l'identité niçoise.
L'une d'entre elles (Sian d'Aqui) s’arrogea même le privilège d'interroger les candidats potentiels aux dernières élections municipales, relayant selon les dires de son président, les questions que se posaient les Niçois. A l'époque, seul le président du mouvement Garibaldien (LRLN ) Alain Roullier-Laurens refusa ce petit jeu de «questions/réponses.» Pour mémoire, voici ce que disait le président de Sian d'Aqui, sur le site Nice premium le 17 janviers 2008 (Article Complet Nice premium ):
«Le seul qui nous a littéralement raccroché au nez c’est Alain Roullier mais est il candidat ? Il a d’ailleurs argumenté son refus dans la presse en disant qu’il ne me reconnaissait aucune légitimité pour établir un questionnaire…., je n’ai pas établi ce questionnaire seul mais c’est l’ensemble les 450 foyers d’adhérents que compte notre association qui l’ont réalisé. En ne leur répondant pas il leur montre du mépris. A mon avis il n’a pas compris la démarche.»
450 foyers d'adhérents?
Cela représente bien peu de personnes pour proclamer sa légitimité à représenter le "petit peuple Niçois" non ? Les Nouvelles Niçoises, tirées à 50 000 exemplaires sont lues par de nombreux Niçois qui y apprennent leur véritable histoire.
Fin 2007, la LRLN revendiquait bien plus de 4000 «Carta d'Identita Nissarda»...Et toutes ces personnes se posaient et se posent toujours des questions concernant leur avenir dans un pays qui n'est même pas légalement le leur (traité de paix international) !
Ces mêmes personnes attendent toujours que les prétendus érudits Niçois apportent une réfutation motivée par des textes, aux arguments exposés par la LRLN concernant les droits des Niçois à l'autodétermination.
Alain Roullier-Laurens a apporté des preuves incontestables sur les droits de Nice, dans l'ouvrage « Nice demain l'indépendance»; Toselli et Menica Rondelli dans leurs écrits sur le séparatisme en 1871 apportaient aussi des preuves ; étant témoins de ces évènements, ils racontaient ce qu’ils avaient vu…
Henri Sappia, dans son «Nice Contemporaine», en qualité de témoin, raconte également les événements de 1871 quand « les baïonnettes françaises » confisquèrent le vote séparatiste niçois… 
Pourquoi le descendant direct de Garibaldi et président de « l'Institut International des Etudes Garibaldiennes Giuseppe Garibaldi » était-il en compagnie du Comité Populaire (LRLN) pour le bicentenaire lors des festivités concernant la naissance du héros des deux mondes, son bisaïeul, et non avec le comité officiel présidé par Giaume/Mangiapan ? Pourquoi les évènements gravissimes qui se déroulèrent en Pays Niçois en 1860 et 1871 sont ils systématiquement occultés quand ils ne sont pas tout simplement niés ?
Les associations culturelles Niçoises seront elles aux cotés de Christian Estrosi pour "plébisciter" la réhabilitation de Napoléon III comme le souhaite ardemment le maire actuel ? Ou dénonceront-elles l’annexion frauduleuse ? Nous verrons là si ces associations sont véritablement niçoises… Car ne peut se prétendre Niçois celui qui trahit nos ancêtres qui ont voté à 90% pour des candidats séparatistes, le 8 février 1871, candidats qui avaient le mandat formel de demander l’abrogation du traité de Turin. Où nous mène le pays qui nous annexa par la fraude ? Toutes ces questions, beaucoup de Niçois se les posent, qu'ils soient Niçois de souche ou d'adoption, et pas seulement les veilles d'élections... Au lieu de poser des questions aux autres, Mr Mauro et consorts devraient nous dire clairement s’ils fêteront l’annexion avec Estrosi, ou s’ils la dénonceront ! Et leur réponse nous apprendra s’ils sont véritablement Niçois.
« La vérité est si obscurcie en ces temps et le mensonge si établi, qu'à moins d'aimer la vérité on ne saurait la reconnaître ».
Blaise Pascal
article provenant de Liberà Nissa
14 août 2009
Estrosi fête la forfaiture, nous la dénonçons
Estrosi fête la forfaiture, nous la dénonçons !
envoyé par Libera_Nissa. - L'actualité du moment en vidéo.
19 juillet 2009
Voilà ce que l’on peut notament lire dans « la lettre du maire » du mois de juillet.

Outre le sempiternel « les Niçois choisirent de devenir français par plébiscite » usé jusqu’à la corde auquel de moins en moins de personnes y croient notamment grâce à la connaissance de documents (compulsés dans « Nice, demain l’indépendance ») et témoignages de l’époque ( particulièrement Henri Sappia et son « Nice Contemporaine ») prouvant que le plébiscite était truqué de A à Z...
... Nous apprenons donc que l’Histoire de Nice commence en 1860, c’est ce que l’on doit comprendre lorsqu’on lit que 1860 est « un évènement fondateur de l’histoire » de Nice. Est-ce une méconnaissance totale de l’histoire de Nice de la part de M. Estrosi (ce qui serait point étonnant) ou est-ce délibéré ? Donc un mensonge de plus de la part des fossoyeurs de l’identité niçoise ?….Si c’est un mensonge il passera pas celui-là. Car si l’on dit habituellement d’un mensonge « plus c’est gros plus ça passe » ici c’est plutôt « plus un mensonge est gros plus c’est ridicule » ! Et heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon M. Estrosi serait déjà plus de ce monde depuis longtemps.
Si l’on comprend bien le sens de cette phrase, Nice a une histoire (et existerait) seulement depuis qu’elle est devenue française ? Une personne qui connaît ne serai-ce un peu l’histoire de Nice éclatera certainement de rire en lisant ceci... ou... s’indignera de cette falsification de plus. Car Nice à 2 500 ans d'histoire derrière elle, Nice n’a pas attendu d’être française (par la fraude et la force faut-il le rappeler) pour avoir une histoire, une société, une identité et pour exister ! Les 150 ans d’occupation française sont une parenthèse dans les 2 500 ans d’histoire de notre cité…
Pour rappel à ceux qui ne connaissent absolument pas l’Histoire de Nice
16 avril 2007
15 et 16 avril 1860 : Le plébiscite truqué
Dans le numéro précédent, nous avions mis à plat, grâce aux archives diplomatiques, la réalité qui se cachait derrière le traité de Turin, à savoir la volonté française de s’emparer de Nice et de la Savoie à tout prix. Cavour qui avait sacrifié la Savoie, céda aussi pour Nice car il aurait perdu l’avantage de pouvoir la monnayer si Napoléon III mettait à exécution ses menaces d’invasion. Le mémorandum secret accompagnant le traité du 24 mars prévoyait que le gouvernement Sarde faciliterait l’ingérence française à Nice, dès la signature de l’acte et avant même le vote des populations, lequel ne servait que paravent pour ôter aux puissances européennes tout prétexte à intervention. Le consul de France Pillet et le sénateur Piétri, installé à Nice, dirigeaient déjà tout à leur gré. Le scénario qu’ils avaient préparé était en place et ils avaient choisi les hommes corrompus qui allaient servir leurs projets. La frégate française La Foudre, chargée de soldats, mouillait déjà en rade de Villefranche, aux ordres du Consul de France.
Le 27 mars Victor-Emmanuel II signa l’acte de renonciation solennel à ses droits sur les deux provinces, pour lui et ses descendants. A cet instant, Nice se retrouvait légalement dans le statut antérieur à la dédition de 1388, donc jouissant de la pleine souveraineté. Mais l’acte de renonciation ne fut rendu public que le Ier avril. Pendant ce temps, les Niçois furieux assiégèrent l’Hôtel où résidait Piétri, brisèrent les vitres et furent refoulés par les marins français. Le syndic Malausséna, corrompu par Piétri était tout acquis à la France, mais il restait Arson et de la junte municipale qui avait demandé la neutralisation de Nice garantie par les puissances européennes ; pour paralyser leur action, le roi désigna le 1er avril les personnes que le ministère français, sur les conseils de Piétri, lui avait indiqué, pour diriger le comté. Lubonis fut nommé régent, Girard, vice-gouverneur et Gal, conseiller. Ces nomination étaient illégales car ayant renoncé à sa souveraineté il ne pouvait nommer aucun fonctionnaire et encore moins un « régent » puisque Nice n’avait plus de roi... La veille, ces nominations avaient déjà été annoncées à Paris dans le Journal des débats avant même que Victor-Emmanuel ne signe les actes officiels ! Le roi entra dans une violente colère car, du fait de cette bévue française, il se vit démasqué publiquement...
Le scénario était bien orchestré puisque le Ier avril les troupes françaises entraient à Nice. Nous lisons dans le journal du capitaine Secrétain, envoyé à Nice par Napoléon III avec le général Frossard pour superviser l’annexion : «1er avril : …le colonel d’Etat-major Osmont est à Nice depuis quelques jours avec le titre de commandant de la place française, avec le sous-intendant militaire Gaudrax, pour y organiser le service des troupes françaises de passage. En effet, l’armée d’Italie rentre. Il doit passer à Nice, deux divisions complètes (Bazaine et de Failly), la moitié de la division Ulrichz et toute la cavalerie. Les troupes d’infanterie feront séjour à Nice de façon qu’il y ait toujours là deux bataillons ; les premières troupes arrivent aujourd’hui. »
Le « régent » Lubonis fit une déclaration outrancièrement pro-française qui se terminait par : « Vive Napoléon III !» ; elle fit un scandale à Nice et à Turin, il fut rappelé à l’ordre par Cavour. Un sieur Paccard, français en villégiature à Nice écrivit dans son journal : « Une buvette gratuite a été établie pour les soldats français ; le soir il y a eu une illumination… toutefois, quelques cris « a bas les Français, se sont fait entendre, mais sans écho : C’est surtout la classe tout à fait la plus basse que se prononçait le plus vivement contre nous. On redoute surtout la police française ». Le peuple Niçois était « la classe la plus basse » et « il redoutait la police française », alors qu’il était chez lui et subissait une armée d’occupation !!!
Le 5 avril le comité d’opposition à l’annexion déclarait : «En présence des événements qui ont eu lieu de puis quelques jours, en présence de l’occupation de fait par les troupes française…en présence de la pression morale qui résulte de ce fait qui sont en contradiction avec les promesses de garanties contenues dans la déclaration du roi, attendu que le Comité national s’était constitué dans le seul but de s’opposer avec pleine liberté et par tous les moyens légaux à l’annexion du comté de Nice par la France, le Comité, en déclarant que l’accomplissement de sa mission est empêché par la force des circonstance, décide de s’ajourner indéfiniment… ». Les opposants refusaient de participer à cette parodie de vote. Le 7 avril, le « régent » Lubonis promulgua une nouvelle loi électorale qui permettait la fraude massive. L’article 4 supprimait l’obligation de résidence à Nice pour voter, l’article 7 indiquait que les listes seraient dressées par des « Comités » nommés par lui et l’article 6, stipulait que ces Comités « statueraient sommairement sur toutes les réclamations ». Le plébiscite était ainsi verrouillé par les Français. Le 10 avril Cavour écrivit à son ministre Nigra : «Santa-Rosa [haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur Sarde], m’assure que tout est déjà français à Nice, même le syndic M. Malausséna que Piétri a su gagner en peu de temps… » et dans un autre courrier : «…puisque Piétri est sûr su résultat… ». Le syndic Malausséna fit une vibrante et honteuse proclamation pro-française avant le scrutin, suivi par l’évêque Sola qui se livra à toutes les bassesses de sacristie, se déshonorant au point de vanter aux Niçois « l’équité des lois » de Napoléon III (qui instaura des lois d’exception muselant les libertés publiques) et « l’opulent Trésor français… » ! A la mairie arrivaient les réquisitions du préfet impérial du var ( !) qui transmettait des listes des personnes soi disant « d’origine niçoise » habitant en France, que l’on devait inscrire sur les listes niçoises...
La principale fraude s’articula grâce à l’introduction du « suffrage universel », ce qui est un comble : Malausséna reprit d’abord les anciennes listes où figuraient les vrais Niçois « incontournables » déjà inscrit au suffrage censitaire, lequel était restrictif, ce qui déjà en éliminait beaucoup et les « Comités » désignés par Lubonis dressèrent des quantités de listes complémentaires, (composées évidemment de personnes niçoises ou non, dont ils étaient sûrs) pour que le suffrage devienne « universel ». On dispose de ces « listes supplémentaires » ou chaque membre des « Comité » a signé en face du nom qu’il a fait inscrire. On connaît la suite, pas de bulletin « Non », pas d’isoloir, surveillance des bureaux par les seuls pro-français, dépouillement idem, pas d’observateurs neutres, présence ostensible de l’armée française, pressions et corruptions diverses… Et le scrutin se déroulant durant deux jours (ce qui n’était pas utile) les urnes furent toute la nuit sous la seule garde des « Comités » alors que Malausséna avait en sa possession le cachet municipal avec lequel elles avaient été scellées… Secrétain indique : « pour éviter toute apparence de pression, on n’a gardé à Nice qu’un seul bataillon, pour le service des postes et des soldats qui n’étaient pas en service ». Qui peut croire qu’il ait fallu un bataillon entier en ville pour distribuer le courrier, un dimanche et un lundi, à des soldats… censés être bouclés dans des casernes ? Voilà le compte-rendu de Sécretain pour le soir du premier jour de vote : « 15 avril. Premier du vote pour l’annexion… C’est le général [Frossard] qui a fait hâter ce vote afin de mettre un terme aux mouvements de la population indigène. En Savoie le vote n’aura lieu que dans huit jours… Il y a dans ce premier jour 5300 votants sur 7000 inscrits et le vote est unanime. Les paysans qui n’ont pas de bulletins tout faits et auxquels au demande s’ils veulent le bulletin oui ou le bulletin non, s’indignent qu’on mette leur vote en doute… ». Sans commentaires ! Le second jour du scrutin, les « Comités » laissèrent voter des centaines de non-inscrits, pourvu qu’ils votent Oui. En hâte, il fallut remettre tout cela d’aplomb à la mairie et refaire de nouveaux procès-verbaux dressés et signés illégalement après coup ! On conserve aux archives des centaines de ces morceaux de papiers de divers formats, raturés, tâchés, des feuilles arrachées à la sauvette, portant dans le plus grand désordre les noms de ces « votants » inconnus de dernière heure.
Plus généralement, l’on oublie souvent de dire que le traité de Turin ne fixait pas la limite des territoires cédés, lequel fut déterminé un an après par la convention de délimitation de frontières du 7 mars 1861. Ce qui signifie que les populations appelées à voter pour l’annexion ne savaient même pas si elles étaient concernées par ce vote ! Tende, la Brigue, ne l’étaient pas puisqu’elles demeurèrent italiennes ; Menton et Roquebrune non plus, puisque Napoléon III fut contraint de les racheter au prince de Monaco 4 millions-or ! Pourtant les voix de ces communes furent comptabilisées dans « le résultat » du plébiscite. Le soir de la « victoire » française, Piétri à qui l’on apportait les résultats, consulta l’ensemble des pièces, et loin d’être satisfait, se rembrunit, et laissa tomber glacial : « Messieurs, vous êtes tous des maladroits ! », tellement les fraudes étaient visibles. Plus tard, Lubonis, qui ne s’estimait pas assez payé pour sa trahison écrira, lui : «… vous savez que dans ces derniers temps j’ai du voir certains procédés diplomatiques, certaines mesures politiques dont Machiavel lui-même eût été étonné. ces souvenirs ne sont pas encourageants surtout pour les magistrats habitués à la stricte application des lois… ». Nous clôturerons là ce dossier car l’on pourrait écrire un livre entier. Ce livre d’ailleurs existe, et pour ceux qui veulent en savoir plus, nous signalons qu’il s’agit de « Nice, demain l’indépendance » d’Alain Roullier. Documents diplomatiques à l’appui, il y est disséqué par le menu toutes ces fraudes et bien d’autres, intervenues plus tard sur ce même sujet, notamment en 1947 lors de la signature du traité de Paix, et nous conseillons aux vrais Niçois de le lire (en librairie, ou tél. au 06 12 86 25 05 pour vous le procurer).
Les Nouvelles Niçoises, avril 2007





