PAÏS NISSART

Benvegut a Nissa - Bienvenue à Nice et en Pays Niçois

12 septembre 2009

Sommaire Histoire

8 février 1871, Garibaldi est élu député de Nice

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1108 - 2008 : Anniversaire capital pour Nice, il y à 900 les Niçois instauraient une république consulaire indépendandante

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Rappelons le palmarès de Napoléon III le Petit...

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Certains journalistes écorchent notre histoire 

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Les Niçois et les Occitans : un désamour seculaire... 

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Lou Presepi Nissart, coeur de la culture populaire niçoise

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La presse niçoice d'autrefois

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Le nom de la jeune martyre niçoise enfin révélé

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Les résistants Barbets, la Marseillaise et le drapeau français... 

La protestation officielle de Garibaldi au parlement de Turin hypothèque pour toujours le plébiscite truqué de 1860

30 mars 1707 : Mort du sieur Vauban bourreau de Nice et de Besançon

Giuseppe Garibaldi, Henri Sappia et Gonzague Arson...Trois grandes figures du séparatisme niçois…

15 et 16 avril 1860 : Le plébiscite truqué

Niçois et Provençaux... Histoire d'un contentieux séculaire...

Mars 1860 : le traité de Turin. D'après les archives diplomatiques

Mensonges historiques : ce que l’Empire a ponctionné à Nice en dix ans

1818 : "le comté de Nice" devient la "province de Nice"

Histoire de Nice : chronique des falsifications historiques habituelles

Le siège de Nice de 1543

28 août 1944, libération de Nice

La Dédition du 28 septembre 1388

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09 septembre 2009

8 février 1871, Garibaldi est élu député de Nice

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L’empire s’effondre 

Le 4 septembre 1870, le second empire s’effondrait dans la défaite et la honte. Napoléon III enfermé dans Sedan s’était rendu aux prussiens, la France était envahie et Paris menacé. Le gouvernement de la Défense nationale s’était replié à Tours et l’assemblée nationale à Bordeaux. La situation militaire s’était aggravée les mois suivants, et dans la capitale assiégée et affamée, les Parisiens mangeaient des rats, après avoir dévoré tous les animaux du jardin des plantes.

bataille_dijon Garibaldi, bien que malade était accouru de Caprera pour aider la république et avait levé un important corps de volontaires ; nommé général auxiliaire il avait pris à Dôle le commandement de l’armée des Vosges. C’est le seul général qui durant cette campagne prit un drapeau aux prussiens, celui du 61ème poméranien

Baptême de la place Garibaldi et dictature à Nice

A Nice la situation était tendue ; dès l’annonce de la chute de l’Empire, par une dépêche télégraphique de Gambetta le 4 septembre au soir, ce fut une explosion de joie. Les Niçois, brimés pendant dix ans par la dictature impériale se soulevèrent. Le préfet ordonna au commandement de Saint-Quentin d’instaurer l’état de siège, mas sa proclamation aussitôt affichée sur les murs de la ville fut arrachée et les écussons impériaux partout arrachés ou martelés. Le peuple se porta en masse sur la place Napoléon, mit en pièces les plaques portant le nom et les armes de l’empereur et baptisa lui-même cette place au nom de son héros : Garibaldi.

L’administration servile et corrompue du maire François Malausséna s’évanouit en fumée et l’agitation ne cessa point car le peuple réclamait l’abrogation du traité de Turin qui avait permis l’annexion de Nice suite à un plébiscite truqué et à une occupation militaire. Le 24 septembre, le nouveau préfet, Baragnon pour bâillonner l’opposition sécessionniste niçoise, suspendit toutes les libertés publiques et, au nom de la République, instaura la dictature à Nice.

Garibaldi accepte d’être candidat à Nice

Les Niçois espéraient beaucoup en Garibaldi, qui en 1860 avait défendu Nice et ils s’interrogeaient sur sa présence en France. Vérani-Masin lui écrivit de Nice afin de lui demander « si son séjour en France devait être considéré comme un acte hostile à l’agitation des Niçois qui veulent revenir sur le traité et le plébiscite de 1860 ». Garibaldi répondit de Dôle, le 21 octobre : « La cause de la France précipitée dans le malheur par un vil despote est une cause sacrée à l’humanité toute entière. Vous connaissez mes principes et vous savez aussi ce que je pense de mon pays natal, mais je ne veux en aucune façon nuire à la République française. »

L’allusion à son combat contre l’annexion de Nice était claire. Le 6 novembre parut le journal séparatiste Il Diritto di Nizza dont le directeur était l’avocat journaliste Joseph André. Garibaldi fut de nouveau sollicité afin qu’il exprime son opinion sur le destin de Nice. Garibaldi répondit « qu’il ne combattait pas uniquement pour la république française, mais pour une république européenne qui réserverait à Nice indépendante un sort particulier ». Il précisera plus tard sa pensée : « Union complète des nations libres basée sur un pacte social dont le premier article serait l’impossibilité de la guerre ; Nice deviendrait capitale de cette union européenne » et ajouta « la position géographique de notre cité, sont climat incomparable et les avantages de toutes sortes qu’elle présente me poussent à ce choix plus qu'un orgueil de clocher ».

Thiers signa un armistice le 28 janvier 1871 avec les Prussiens. Ce répit devait être mit à profit pour élire une nouvelle Assemblée nationale qui déciderait de poursuivre la guerre ou signer la paix. Les Niçois et la Commission municipale sollicitèrent Garibaldi pour les représenter et il accepta en ces termes : « J’accepte la candidature de mon pays natale et je suis fier du choix dont il m’honore ». Quatre postes de députés devant être pourvus le Diritto di Nizza soutint également les candidatures des avocats Piccon, Bergondi et Borriglione, avec mandat impératif de demander l’abrogation du traité de Turin. Le nouveau préfet Marc Dufraisse désirant faire barrage aux Séparatistes niçois se présenta aussi à la députation ; dans un premier temps, pour flatter les Niçois, il fit mine de soutenir la candidature de Garibaldi mais bien vite, il abattit son jeu et déclara : « La candidature d’un préfet de la république à Nice et celle du général Garibaldi sont radicalement incompatibles ». Le préfet usa et abusa de tous les moyens de la préfecture pour faire sa campagne et fit même inscrire sur les listes des militaires français stationnés à Villefranche.

En effet, des forces armées importantes avaient convergé vers Nice ; des bateaux de guerres chargés de fusiliers marins mouillaient à Villefranche, appuyés au sol par la gendarmerie, la cavalerie, et même des canonniers avec leurs pièces d’artillerie. Pour renforcer cet appareil guerrier, le 5 et 6 avril la Garde nationale recrutée de force dans le département fut cantonnée dans les casernes de la Darse à Villefranhce. C’est ainsi que cernés par l’armée et la flotte française, les Niçois qui comptaient bien résister, se rendirent aux urnes le 8 février 1871.

Triomphe écrasant des Séparatistes niçois

Les élections se déroulèrent dans une ambiance électrique, et la marée indépendantiste emporta tout : Garibaldi fut élu avec un écart considérable de voix : il obtint 20 314 suffrages, Bergondi fut aussi élu avec 14 275 voix ainsi que Piccon avec 13 285 voix ; le préfet Dufraisse, représentant de la République, dépité, fut élu avec 12 585 voix dont beaucoup avaient été obtenues frauduleusement. Les trois députés élus sur un programme séparatiste totalisaient 47 874 voix (73,72%) et le représentant de la république 12 585 (26,28%). Nice exulta de joie et les drapeaux blancs frappés aux armes niçoises flottaient à toutes les fenêtres.

C’était un énorme camouflet pour la France car même les anciennes communes françaises rattachées au comté pour créer le département des Alpes-Maritimes, avaient massivement voté pour l’indépendance ! En outre Garibaldi, sans s’y être formellement présenté, avait été élu dans les départements de la Côte d’or, du Doubs, de l’Algérie et de... la Seine ! Paris où six mois avant régnait Napoléon III venait d’élire Garibaldi, son ennemi juré ! Garibaldi dira « j’ai été ému jusqu’aux larmes du vote de Paris ». Le 10 février, le Diritto di Nizza titrait : « Vice Nice ! » et l’on put lire sous la plume de Joseph André « … Nice a parlé ! Mais non la Nice des Piétri et des Pillet [agents français qui avaient truqués le plébiscite de 1860]... la Nice de Ségurane et de Garibaldi ! Le citoyen Dufraisse a renié Garibaldi car il est le chef du parti séparatiste ; Nice a l’unanimité a voté Garibaldi, donc citoyen Dufraisse, et selon votre propre logique, Nice est séparatiste, Nice ne reconnaît pas l’infamie de 1860… »

Les baïonnettes françaises dans les poitrines niçoises

La République allait à Nice poursuivre la même politique que l’Empire. Le préfet fit perquisitionner les locaux du Diritto et le supprima ; il réapparut sous le titre de la Voce di Nizza lequel fut lui aussi interdit. La victoire écrasante des députés indépendantistes provoqua un grand mouvement populaire, l’attitude du préfet n’arrangea pas les choses et Nice bascula dans l’émeute. Les Niçois voulaient l’abrogation du traité de Turin et après savoir par les urnes, ils l’exigeaient dans la rue. La police, puis la gendarmerie, débordées, durent se replier dans les casernes. Le préfet Dufraisse, employant les méthodes de Louis XIV, fit installer des canons de gros calibre dans le fort du mont-Alban et sur les hauteurs afin de canonner la ville en dernier ressort et deux vaisseaux de guerre vinrent mouiller en face du port Lympia. Le préfet jeta les fusiliers marins contre les Niçois ; on avait saoulé les soldats, leur disant qu’ils allaient se battre contre les Prussiens !

nice_contemporaine Henri Sappia témoin oculaire de ces événements, raconte dans Nice contemporaine : « Des troupes de renfort sont appelées de la caserne Saint-Dominique toute proche. De là commencèrent les sifflets et l’onde de la foule, croissant, repoussa jusqu’à l’intérieur de la caserne ces vainqueurs de sedan. Dufraisse et Carré, depuis les salons dorés de la préfecture entendirent les cris et sifflets et ordonnèrent aux marins de descendre à Nice et expliquer leurs prouesses aux « Prussiens » restés à l’intérieur. Nous avons entendu de nos propres oreilles, ces gaulois dire des Niçois : Ce sont des Prussiens ! Toute la rue de la Terrasse, le Cours et la place de la préfecture sont occupés militairement et la foule débouchant sur la place Saint-Dominique, voyant le déplacement de tant de gens armés, s’infiltre dans la rue du Gouvernement. Une formation importante de marins armés de révolvers et de fusils se fait entendre, et pendant que l’on voit les vitres qui tombent en miettes et s’éparpillent, l’on entend une décharge de mousqueterie. Plusieurs badauds sont blessés et sur de nombreux murs, les traces de ces balles laissèrent de profondes traces, que nous avons voulu constater de nos yeux avant de quitter Nice […] Aux marins saouls de tant de liqueurs bues dans les celliers de la préfecture, succédèrent les gendarmes à pied et à cheval… tard dans la nuit en passant par la place Saint-Dominique et la rue du Marché pour rejoindre par l’arc du Pont-Vieux, les remparts de la place Garibaldi, nous avons pu constater de nos yeux l’ivresse où se trouvait la soldatesque ».

Le témoignage du Commandant Magnan est aussi éloquent : « Le bataillon eut à intervenir pendant ce laps de temps à Nice, de concert avec la gendarmerie locale débordée et les marins de l’Etat, pour la répression des désordres et des troubles assez inquiétants provoqués par le parti dit séparatiste… Les gardes mobilisés montrèrent de solides qualités de discipline dans l’échauffourée du 10 février qui suivit l’élection de Garibaldi à la députation des Alpes-Maritimes et qui faillit dégénérer en une émeute sanguinaire ».

En effet ce bataillon composé de recrues des Alpes-Maritimes faillit passer à l’insurrection et pour le punir on l’envoya quelques jours Algérie pendant un mois. Le préfet fit arrêter plus de deux cent personnes dont beaucoup de notables : avocats, négociants, commerçants : ils furent traînés sur les bateaux ancrés à Villefranche. Beaucoup de Niçois furent déportés dans des prisons lointaines où à l’île de Sainte-Marguerite. Dufraisse n’en resta pas là, il lança un mandat d’arrêt contre l’avocat Borriglione, candidat conçurent non élu, qui réussit de justesse à s’enfuir à Gênes... « Les baïonnettes française dans les poitrines niçoises » comme dira Sappia, confisquèrent le vote séparatiste de Nice… Dufraisse élu député frauduleusement fut invalidé par l’Assemblée à la suite du discours de Piccon qui l’accusa d’être responsable des émeutes : mince satisfaction pour les Niçois qui pour la seconde fois en onze ans se virent privés de leur liberté par la force des armes. Officiellement, cet épisode n’existe pas dans l’histoire de Nice telle qu’elle est enseignée par l’université française. La presse italienne qualifiera pourtant l’insurrection de « Vêpres nissardes » allusion aux « Vêpres siciliennes » de 1282 au cours desquelles les Siciliens massacrèrent les occupants français.

L’invalidation de Garibaldi 

garibaldi_assembl_e_bordeauxLe 12 février l’assemblée de Bordeaux se réunit en séance préliminaire dans le Théâtre de cette ville ; 300 députés étaient présents ce qui ne représentait que la moitié du Corps législatif, les autres étaient attendus le lendemain. A deux heures précises, Garibaldi, quintuple député, simplement vêtu de sa chemise rouge, d’un poncho et d’un chapeau de feutre monta lentement les marches du grand Théâtre accompagné par Esquiros élu député de Marseille. Le peuple emplissait entièrement les tribunes réservées au public. Garibaldi avait connaissance des événements de Nice et savait que la Chambre où siégeaient beaucoup d’orléanistes, de légitimiste cléricaux et de bonapartiste allaient l’invalider sous le prétexte qu’il était sujet italien. L’accueil fut houleux : les députés lui crièrent « Le chapeau ! le chapeau ! » ; le peuple couvrit leur voix : « Vive le héros des Deux Mondes ! » ; Garibaldi ne se découvrit pas. Il se dirigea vers le président et lui remit deux billets. Le vieux comte Benoît d’Azy, très conservateur et à demi momifié, déplia les billets et les lut avec satisfaction : « Au ministre de la guerre. Ayant été honoré par le gouvernement de la Défense nationale du commandement d’un Corps d’armée, et voyant ma mission terminée, je demande ma démission. Signé Garibaldi », « Au président de la Chambre. Pour remplir un dernies devoir envers la République, je suis venu à Bordeaux où siègent les représentants de la nation, mais je renonce au mandat dont m’ont honoré divers départements. Signé Garibaldi ».

Il privait ainsi les députés réactionnaires du plaisir de lui infliger l’affront qu’ils projetaient de lui faire ; il évitait surtout à la France de se couvrir de honte. Puis il s’assit et assista en silence à la séance. Quand les débats furent terminées, il se leva, se découvrit et demanda l’autorisation de monter à la tribune pour prononcer une courte allocution. Il désirait simplement recommander à l’Assemblée tous les volontaires étrangers qui avaient combattu pour la France ainsi que les veuves et les orphelins. Le président apostropha violemment Garibaldi « Que voulez vous ? la séance est close ! » Esquiros hurla d’une voix forte « Oh, oh là messieurs, Garibaldi veut parler !! ». Comme les députés faisaient mine de sortir, des cris s’élevèrent des tribunes : « Ecoutez ! Ecoutez ! Vous tremblez d’entendre la vérité !! C’est Garibaldi qui parlera, bous êtes des poltrons !!! ». Le président confirma : « la séance est close ! » les crient redoublèrent : « Comment close !! Députés vendus et peureux ! » et encore « Majorité de manants et d’impérialistes, écoutez la voix de la nation !!! ». le silence se dit mais Garibaldi attendait l’autorisation du président pour parler. Il ne l’obtint pas. Le tumulte reprit et s’amplifia. Le président se couvrit et à se signe, les députés s’esquivèrent sous les insultes qui fusaient des tribunes, Garibaldi laissa tomber à mi-voix : « Ingrate France » et il sortit talonné par le petit M. Thiers. Quand il passa devant le piquet d’honneur, les gardes nationaux se figèrent au garde à vous et lui présentèrent les armes. Thiers, furieux tança l’officier : « pourquoi ? » Celui-ci lui répliqua d’un ton sec et sans réplique : « Garibaldi est député, il s’est battu pour la France et il a pris un drapeau aux Prussiens ». Thiers qui ne s’était battu que dans les bureaux, qui avait jeté les fusiliers marins contre les Niçois et bientôt allait faire massacrer les parisiens durant la Commune, demeura sans voix, blême de rage.

L’hommage du peuple

Au dehors la foule, ignorant l’incident, attendait Garibaldi et lui fit une formidable ovation. Méprisant l’injure qui lui avait été faite et ne voulant pas créer de divisions, il exalta « la république loyale et honnête » et cria « Vive la France républicaine ». Des milliers de voix le suppliaient « ne nous quittez pas, ne nous abandonnez pas ! » Mais la voiture du général se fraya un chemin dans la multitude et il regagna son hôtel ; une délégation de députés de gauche vint, sans succès, le prier de rester : arriva le fils et le secrétaire de Victor Hugo ; une dépêche annonça la venue de Victor Hugo lui-même et de Ledru-Rollin. Mais Garibaldi, ulcéré, repartit dès sept heures pour Caprera via Marseille. Il donna des instructions à ses proches pour secourir les blessés de son armée et demanda que l’on dressa la liste des volontaires étrangers qui s’étaient battus pour la France. A l’embarcadère de Marseille, une autre foule l’attendait. Il prononça un court discours : « Que la France tâche de sauver la république et tout pourra se réparer… ». Ses derniers mots sur le sol français furent : « Vive la République universelle !! » Puis il embarqua pour Gênes et Caprera. Victor Hugo, lui aussi élu député, interpela violemment ses collègues le lendemain à la Chambre et démissionna pour protester contre l’affront faut au héros des Deux-Mondes. Emile Zola condamna violemment les députés de Bordeaux. A Nice, ce fut l’explosion de colère car Garibaldi était vénéré et Nice réduite par les armes venait encore d’être insultée à travers sa personne. Plus tard le député Bergondi se suicida : selon la version officielle il était « mélancolique ». Quand à Piccon, il dut faire profil bas pour ne pas être invalidé et eut à subir les moqueries des députés français qui brocardaient férocement son accent niçois… Le séparatisme était décapité ; pour un temps et en apparence du moins…

Les conséquences aujourd’hui

L’invasion militaire de Nice en 1871 et tous ces événements marquèrent très profondément l’inconscient collectif Niçois, et durant des générations, la détestation du jacobinisme parisien se transmit secrètement dans les familles de vrais Niçois ; exprimée de diverses manières, et aggravée par d’incessantes brimades, elle conduisit les Niçois à cultiver un particularisme indomptable. Il n’est donc pas étonnant qu’un vent de révolte souffle actuellement à Nice ; il est dû à la situation actuelle qui est catastrophique, mais aussi à ce contentieux toujours pendant dont on a oublié les détails, mais qui a laissé un profond sillon dans la conscience nationale niçoise…. Aujourd’hui les Niçois se réapproprient leur histoire, les jeunes demandent des comptes et la liberté pour Nice… D’instinct, ils reprennent le combat de leurs ancêtres, ce qui prouve que l’identité niçoise qui a longtemps couvé sous la cendre est plus solide que jamais ; ni les baïonnettes, ni la falsification de l’Histoire, ni l’assimilation forcée, ni l’implantation massive d’éléments étrangers à Nice, organisée à dessein n’ont pu la détruire… Et le système responsable de toutes ces agressions, indignités et malfaisances va maintenant connaître un retour de flamme juste et mérité…

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27 novembre 2008

1108 - 2008 : anniversaire capital pour Nice, il y a 900 ans, les Niçois instauraient une république consulaire indépendante

La L.R.L.N. vient de fêter cet important anniversaire, que la municipalité actuelle évidemment a tenu sous silence, car le souvenir de l’indépendance de Nice n’a rien pour plaire au pouvoir jacobin qui ne tient pas vraiment pas à rappeler aux Niçois que leurs ancêtres furent libres, indépendants et prospères au moment où ils sont étouffés par le centralisme, écrasés  d’impôts et au bord de la ruine. A l’époque romaine, Cimiez était la capitale des Alpes-Maritimes et Jules César, connaissant le goût pour l’indépendance qu’avaient les Niçois, les laissa se gouverner selon leurs propres lois. Plus tard ils se rebellèrent constamment contre les féodaux d’autant que les Républiques italiennes maritimes de Gênes et de Pise, cités florissantes, donnaient l’exemple de la démocratie et de la réussite économique.

En 1108 ce goût de la liberté poussa les Niçois à proclamer la  République ; ils instaurèrent le municipe consulaire et se gouvernèrent par leurs propres lois, chaque classe de citoyens étant représentée au gouvernement. Les Consuls niçois adoptèrent la toge pisanne et s’inspirèrent des statuts de cette ville pour établir ceux de la cité. Bientôt d’autres cités du Sud firent de même : Arles, Nîmes, Avignon et Marseille. Ces villes constituèrent un moment une fédération pour se protéger des féodaux. Nice s’allia avec Gênes et Pise pour résister aux féodaux et soutint par les armes ses droits à l’indépendance de 1108 à 1388 avant  de signer librement la charte de dédition à la Maison de Savoie. Cet épisode totalement occulté de l’histoire de Nice a pourtant été souligné par de nombreux historiens.

Le Chevalier Jean-Baptiste Toselli, célèbre érudit et homme politique niçois, à qui l’on doit, entre autres, le fameux recueil des 3 176 proverbes niçois, écrivit en 1871 : “Nice était sans doute bien importante, puisque Ptolémée qui vivait sous l’empereur Hadrien, parlant des principales villes d’Italie, la nomme immédiatement après la capitale de l’Empire. Au Moyen-âge, Nice ville libre était l’alliée de Gênes et de Pise, tandis qu’elle n’eut avec les peuples au-delà du Var que des relations d’hostilité. Elle eut beaucoup à souffrir des ravages des  Lombards et des Sarrasins ; et après un siècle entier de luttes acharnées avec les comtes de Provence, écrasée et contrainte de céder au droit du plus fort, elle sut encore faire respecter sa propre autonomie, et le conquérant n’osa exiger de ses habitants qu’une redevance annuelle qui ne fut presque jamais payée. Enfin, au XIVe siècle, les désordres de la Maison d’Anjou ayant permis à Nice de reconquérir son indépendance, elle en profita pour se donner à la Maison de Savoie.”

L’historien niçois Durante dans son Histoire de Nice parue en 1823 relate ainsi l’époque où les Niçois se gouvernaient eux-mêmes : “L’animosité augmenta, à mesure que la ville de Nice accrut sa puissance par le  commerce et les entreprises de la mer. Celle-ci au temps où Strabon écrivait sa géographie, devait avoir acquis une bien grande importance maritime puisque cet auteur, dans sa description des principales et antiques villes de l’Italie, après avoir mis en tête “Roma Regia”, cite immédiatement “Nicaea Massiliensium”, avant même Terracine, Naples, Ancône, Ravenne et autres cités du premier ordre [...] César lui laissa le privilège de se gouverner par ses propres lois et d’élire ses magistrats (Plutarque et Suetone, in vit. Caesar ; Papon Hist. Gen. de la Provence) [...] Les recherches [archéologiques] postérieures semblent prouver l’origine grecque de la ville de Cimiez, et attestent son titre de capitale des Alpes-Maritimes, sous la domination des Empereurs Romains [...] Nous avons trouvé, que dès l’année 1108 Nice portait le titre de “Municipalité”, avait ses magistrats particuliers et jouissait d’une juridiction libre dans toutes les affaires, tant civiles que criminelles. Raimbald d’Orange, seigneur de Castillon, épousa au commencement du onzième siècle Guillelmine Caïs de Nice, laquelle lui apporta en dot plusieurs fiefs dans le comté.

Ce seigneur ayant ainsi acquis  le droit de cité, obtint la première magistrature du gouvernement municipal ; on lui adjoignit trois autres collègues, François Raimbaud, Pierre Laugiero et Guillaume Assalit, lesquels reçurent le titre de Consuls. Ils exercèrent en commun la partie administrative ; Raimbald d’Orange, vaillant capitaine de son temps, eut sous son autorité immédiate le commandement de la force armée et l’exécution des lois du pouvoir consulaire. Voilà comment se forma ce gouvernement mixte d’aristocratie et de républicanisme qui se conserva longtemps indépendant, et dont on retrouve encore quelques traces dans l’administration municipale actuelle de la ville de Nice. Elle en puisa les principaux éléments dans les Républiques italiennes, particulièrement celles de Gênes et de Pise, dont l’état florissant invitait les autres peuples à rechercher les mêmes avantages.

Ces idées de prospérité et d’indépendance gagnèrent insensiblement les esprits en Provence, surtout dans les villes maritimes, de sorte que l’affranchissement des communes suivit celui des municipalités fédérées [...] Nice et Pise conclurent par traité du mois d’avril 1115 une alliance offensive et défensive dans lequel on stipula de réunir leurs forces au besoin, non seulement contre le comte Raymond Béranger, mais encore envers et contre tous autres princes et seigneurs qui menaceraient le gouvernement des deux républiques. Les Pisans couvrirent de leurs galères le littoral de la Provence et se montrèrent en même temps sur les rivages de Catalogne ce qui détermina Raymond Béranger à différer l’exécution de ses projets hostiles [...] En 1166 le comte Raymond Béranger fit marcher une puissante armée sur Nice avec l’ordre de réduire la ville dont “les habitants ne méritaient aucun pardon”.

Les Niçois opposèrent à ces forces réunies une opiniâtre résistance [...] Impatient de venger cet affront Raymond Béranger se rendit lui-même sous les remparts de la ville pour exciter le courage de ses soldats [...] Tous les citoyens jurèrent de s’ensevelir sous les ruines de la ville.

Le lendemain les troupes provençales escaladèrent les remparts, ayant le comte à leur tête ; emporté par la soif de vengeance il s’avança imprudemment au plus fort de la mêlée ; percé d’une flèche, il tomba noyé dans son sang. Au bruit de sa mort les assaillants repoussés de tous les côtés levèrent le siège en toute hâte et se sauvèrent de l’autre côté du Var abandonnant presque tous leurs bagages. C’est ainsi que cette victoire inespérée sauva Nice d’un grand désastre et rétablit dans toute sa force le gouvernement républicain et l’autorité consulaire.”

L’exemple de Nice fit tache d’huile ; en 1211 Marseille s’érigea elle aussi en République et elle maintint ces institutions démocratiques jusqu’en 1257, date à laquelle elle fut réduite. Les Niçois eux purent maintenir le Municipe selon le bonheur de leurs armes jusqu’en 1388, date à laquelle ils négocièrent librement un protectorat conditionnel avec le comte de Savoie pour échapper à la Maison d’Anjou et sauver leurs franchises. Nous devons à E. Bremond d’avoir exhumé cet important épisode historique effacé par la propagande jacobine dans La République de Marseille, ouvrage paru en 1905 et édité dans la cité phocéenne. Les titres professionnels de M. Bremond sont intéressant pour d’évidentes raisons : avocat, ancien sous-préfet d’Aix, ancien conseiller municipal d’Aix et de Marseille et conseiller général des Bouches-du-Rhône, membre correspondant de la Société des Sciences et Belles lettres et Arts de Toulon, ex-conseiller de préfecture. C’est donc cet ancien haut fonctionnaire jacobin, ex sous-préfet, qui relate sans sourcilier ce que ses employeurs parisiens ont toujours tenté de cacher. Nous vous livrons ces pages précieuses sur l’histoire de Marseille qui rappellent aussi ce que fut Nice qui s’étant affranchie un siècle auparavant, lui servit de modèle :

“Malgré les savants travaux de MM. Guizot, Thierry, Henri Martin, Michelet, Sismondi et autres, nous entendons encore souvent répéter ces deux affirmations dans les abrégés d’Histoire que l’on met dans les mains des écoliers : Clovis a fondé la monarchie, Louis le Gros a affranchi les communes. N’en déplaise à tous nos professeurs, la monarchie française n’a pas été faite par un homme qui s’appelle Clovis ou Charlemagne et les communes se sont bien affranchies elles-mêmes; on a fait raison de ces mensonges historiques, la France s’est formée par des annexions successives et les communes se sont affranchies par des soulèvements et des insurrections… Mais si l’on a dégagé de ces erreurs, l’histoire des franchises des municipalités du Nord, le même effort n’a pas été fait pour celles du Midi ; le souvenir des anciens municipes était cependant bien plus vivant dans les anciennes colonies grecques et romaines. Enrichies par le commerce, exaltées par l’exemple des républiques italiennes, les villes du Midi firent des tentatives sinon plus énergiques, au moins plus heureuses et quelques unes atteignirent, pour un certain temps, la plénitude de cette organisation républicaine qui était l’idéal auquel aspiraient les communes du Nord et du Midi. Sans vouloir faire un tableau général de cette exceptionnelle situation il nous sera permis de signaler l’importance que put acquérir au XIIIe siècle la République de Marseille et par quels moyens elle parvint à conquérir son indépendance. Combien de nos concitoyens ignorent qu’à cette époque la ville de Marseille, indépendante et libre, n’obéissait qu’aux lois et institutions qu’elle s’était librement données à elle-même et qui ne le cédaient en rien aux lois des Républiques si vantées de la Grèce et de l’Italie ; qu’elle traitait de puissance à puissance avec les princes souverains et que, lorsqu’elle succomba sous la force, elle obtint encore des conditions qui firent d’elle l’une des communes les plus libres de France ; nous avons voulu signaler cette situation exceptionnelle ; d’autres, nous l’espérons, suivront notre exemple et nous donneront l’histoire des villes de Nice, d’Arles, d’Avignon, de Nîmes… C’est une erreur de croire que tout a été créé par les hommes de 1789…”

Ce préfet historien en décrivant les libertés de Marseille de 1211 à 1257 décrit aussi celles de Nice, de 1108 à 1388 et qui perdurèrent ensuite sous forme d’importantes franchises jusqu’à 1860, après la dédition à la maison de Savoie. Mais si Marseille devint l’une des communes les plus libres de France, Nice fut écrasée par l’Empire qui l’annexa en 1860, puis par le pouvoir jacobin qui la réduisit à l’état de colonie et la plaça sous la tutelle économique et administrative de Marseille…

La L.R.L.N. a répondu aux voeux de beaucoup de Niçois à la recherche de leur histoire effacée par la propagande jacobine, en exhumant ce passé glorieux. Il convenait d’honorer la clairvoyance et l’esprit démocratique de nos lointains ancêtres à une époque où l’Europe vivait sous la dictature des grands féodaux. En cette année 2008 qui marque le 900e anniversaire de l’instauration de la République Niçoise, et qui voit la faillite du pouvoir qui nous gouverne, les Niçois peuvent mesurer toutes les occasions de prospérité économique qu’ils perdirent, quand on leur confisqua le droit de se gouverner euxmêmes. Tous les pays d’Europe sont fédéra

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28 septembre 2008

Dédition de 1388

d_dition__1_Cette importante date de l’histoire de Nice a été remise en lumière, le 28 septembre 2003, quand la Ligue pour la Restauration des Libertés niçoises (L.R.L.N.) et la Ligue Savoisienne ont symboliquement renouvelé l’antique pacte devant l’abbaye de Saint-Pons. Depuis, beaucoup de ceux qui sont à la recherche de supports médiatiques ont communiqué autour de cette date. Par méconnaissance de l’histoire de Nice, ils ont déformé le sens originel de cet événement. Les uns ont prétendu que c’était la date de naissance de l’identité niçoise, alors que Nice existait déjà depuis près de 2 000 ans et que la cité avait proclamé son indépendance en 1108 ; d’autres que Nice voulait ainsi se protéger des pirates barbaresques et tout à l’avenant. La dédition est devenue le support de tous les fantasmes et l’on a même pu voir récemment dans le monopole de presse un article intitulé : “Quand le comté de Nice s’est donné à la maison de Savoie” ! Notre histoire est passée à la moulinette et assaisonnée aux goûts d’ignorants ou pire, de ceux qui désirent panpagnatiser notre identité. Il convient donc d’expliquer ce que fut réellement la dédition de 1388.

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Nice s’est toujours rebellée contre les féodaux provençaux qui voulaient l’asservir. En 1108, elle franchit définitivement le pas en proclamant son indépendance. Plusieurs fois envahie par la suite, elle se révolta à nouveau et rétablit le municipe. Après le décès de Louis d’Anjou en 1384 et l’assassinat de Charles de Duras roi de Sicile et de Hongrie en 1386, les tuteurs de leurs héritiers se disputèrent la Provence ; les Niçois avaient choisi Ladislas de Duras, car son père leur avait conservé toutes les franchises municipales. En 1388, la Maison d’Anjou, branche cadette de la Maison de France, envoya une puissante armée commandée par le sénéchal de Marles pour réduire Nice. Mais Ladislas et sa tutrice la reine Marguerite, assiégés dans Gaète, ne pouvaient protéger Nice des Angevins. Marguerite donc donna l’autorisation aux émissaires niçois de traiter selon leurs souhaits. Le comte de Beuil, gouverneur de Nice, après l’avis du grand Conseil, négocia avec le comte de Savoie. L’armée angevine campait déjà devant Saint-Paul de Vence, quand le comte de Savoie arrivant par les cols, établit son camp à Saint-Pons. Une assemblée plénière des habitants fut convoquée, et après avoir délibéré “a tiertia usque ad vesperas” (de la 3ème heure jusqu’aux vêpres) les Niçois décidèrent de traiter avec le comte de Savoie.

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Leurs délégués se rendirent à Saint-Pons et établirent avec le nouvel allié une charte déclinée en 34 articles. En échange de sa protection, les Niçois accordaient un protectorat conditionnel au comte de Savoie. La charte était signée pour trois ans, pour le cas où le roi Ladislas aurait la possibilité de revenir aider militairement Nice ; passé ce délai, la charte de dédition serait renouvelée. Les principaux articles de la charte indiquent que jamais le comte ni ses successeurs ne pourraient céder Nice à quiconque et encore moins au roi de France ou à la Maison d’Anjou ; que Nice conserverait ses franchises et privilèges, qu’elle en obtiendrait de nouveaux, que sa place forte ne pourrait être livrée qu’avec l’accord de ses chefs militaires, que divers privilèges juridiques régaliens lui seraient conservés, ainsi que diverses autres dispositions garantissant les droits des Niçois. Il était précisé qu’en cas de violation de la charte, les Niçois pourraient se révolter sans être taxés de rebelles.

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La Charte fut renouvelée trois ans plus tard, et Nice demeura liée volontairement aux chefs de la Maison de Savoie jusqu’en 1860. La dédition n’eut donc pas pour objet de fonder un “comté de Nice” ; aucun article ne fait mention d’une telle volonté, ni même ne décline ce terme. Plus tard les Savoie employèrent cette appellation d’honneur dans leurs titulatures, sans qu’aucune lettre patente officielle ne légalise l’érection du Pays de Nice en “comté”, formalité impérative en droit féodal. L’identité niçoise existait depuis longtemps et la République consulaire niçoise de 1108 avait établi les statuts de la ville, se gouvernait elle-même et passait des traités. La dédition à la Savoie n’eut que deux objets : échapper à la domination de la Maison d’Anjou, au roi de France et à tout autre féodal, tout en conservant et augmentant les franchises et libertés des Niçois.

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Les 34 articles de la Charte de Dédition

-          Article 1 : Le comte de Savoie promet de gouverner et de protéger Nice et sa viguerie à ses propres frais et contre quiconque voudrait s’en emparer et surtout contre la comtesse d’Anjou et les seigneurs de Tende et de la Brigue.

-          Article 2 : A la requête des syndics de Nice il s’engage à faire son possible pour reprendre à la maison d’Anjou les autres villes et terres des comtés de Provence et de Forcalquier et les réduire sous la bannière de l’empereur et de la sienne.

-          Article 3 : Si le roi Ladislas dans l’espace de croix ans pourra rembourser au comte les dépenses qu’il aura faites pour l’occupation et la garde des dites terres et qui seront évaluées sur simple assertion du prince, celui-ci devra lui remettre les terres qu’il a occupées.

-          Article 4 : Le comte promet que pendant ces trois années d’occupation, ou après, il ne cédera ni vendra la ville et la viguerie de Nice soit à la duchesse d’Anjou soit au roi de France ou à tout autre seigneur, hormis toutefois au roi Ladislas.

-          Article 5 : La ville de Nice jure d’obéir pendant ces trois années au comte et à ses officiers comme elle le faisait aux comtes de Provence et de lui laisser la jouissance des rentes de la ville et de la viguerie dont jouissaient les anciens ; souverain malgré cela la ville ne sera pas tenue à prêter l’hommage, mais le prince sera libre de recevoir celui des citoyens qui voudraient le faire.

-          Article 6 : Le comte s’oblige pour lui et ses héritiers à annuler toute vente ou donation qu’il pourrait faire de fiefs ou autres bien domaniaux, autant dans la ville que dans la viguerie.

-          Article 7 : Le comte accordera libre passage à toute personne et surtout aux Niçois qui par mer ou par terre désireraient porter des secours d’hommes, d’armes ou de vivres au roi Ladislas.

-          Article 8 : Le comte défendra le passage à toutes personnes voulant combattre le roi Ladislas ou s’emparer de nos domaines.

-          Article 9 : Le comte promet que si dans l’espace de trois ans le roi Ladislas sera à même de lui rembourser tous les frais de l’occupation et de la garde de toutes les villes et terres dépendantes de ce denier et que ledit comte refuse le remboursement et la restitution de ces domaines, dans ce cas les habitants, de leur propre mouvement et sans être coupables  de rébellion, pourront se soustraire à la domination des comtes de Savoie, et retourner à celle de Ladislas.

-          Article 10 : Le comte ne pourra, dans les jugements criminels et civils, transporter quelque personne que ce soit d’un lieu à un autre, ou d’une juridiction à une autre, à moins que les droits du comte fussent directement atteints.

-          Article 11 : La ville de Nice et sa viguerie pourront conserver les gabelles et les impôts établis pour les nécessités de la guerre et qui lui appartient, ou abolir, mais les impôts dus à la cour seront payés au comte.

-          Article 12 : Dans le cas où le comte réussirait à s’emparer de tout le comté de Provence et de Forcalquier, il établira dans la ville de Nice la résidence du sénéchal et des autres grands officiers, ainsi que cela se pratiquait pour la ville d’Aix sous la reine Jeanne ; ce privilège cependant ne dépendra que du bon plaisir du Comté.

-          Article 13 : Le comte promet d’accorder des lettres de marque et de représailles contre toute personne étrangère qui refuserait de rendre justice à un habitant de Nice, selon l’usage d’Italie.

-          Article 14 : Le comte conservera à Nice la gabelle du sel et livrera le sel aux habitants au prix habituel de 2 sous et demi par setier ; en temps de guerre le prix sera fixé par le comte et les syndics de Nice.

-          Article 15 : Le comte promet de n’accorder ni paix ni trêve à la duchesse d’Anjou sans l’avis des Niçois et ce pendant tout le temps qu’elle visera à la conquête des comtés de Provence et de Forcalquier.

-          Article 16 : Pendant la période de temps sus indiquée le comte ne pourra empêcher aucun Niçois de porter aide ou secours au roi Ladislas, excepté cependant le cas où cela fut de préjudice au comte ou à la ville.

-          Article 17 : Jamais à l’avenir le comte n’obligera directement ou indirectement les niçois à marcher contre le roi Ladislas, excepté dans le cas où celui-ci fit la guerre contre le comte de Savoie ou contre une ville dépendante de lui.

-          Article 18 : Si les Niçois se déclareront en faveur d’un des papes, le comte tâchera d’obtenir de lui la levée de toute excommunication qui aurai pour l’objet l’usurpation de biens ou revenus religieux ou la destruction de châteaux, maisonnées ou autres édifices religieux.

-          Article 19 : Le comte s’engage à chasser de leurs domaines, par la voie de la conquête ou d’échange, les comtes de Vintimille seigneurs de Tende et de la Brigue, afin d’assurer la liberté de communication entre Nice et le Piémont.

-          Article 20 : Le comte accorde franchise et immunité de tout droit de rivage et de quarantaine aux étrangers qui apporterons à Nice des denrées de ravitaillement :  cela pourtant selon le bon plaisir du comte.

-          Article 21 : Le comte promet que s’il acquerra d’autres terres dans les Comtés de Provence et de Forcalquier, au juge de Nice seront dévolues les premières appellations soit civiles que criminelles, pour les terres en deçà de la Siagne, ainsi que pour celle des vallées de Barcelonnettes, de Saint-Etienne, de la viguerie de Puget-Théniers et du bailliage de Sigale ; cette juridiction sera exclusivement de la compétence du juge de Nice par le privilège perpétuel, même dans le cas où la cour suprême ne le s’établirait pas à Nice, ou que cela parût préférable pour l’avantage général du pays.

-          Article 22 : Le comte fera restituer les biens, fiefs et châteaux situés dans le district de Nice aux personnes de la ville auxquelles on les aurait confisqués à causes de guerres qui ont eu lieu entre le roi Ladislas et le duc d’Anjou.

-          Article 23 : Dans le cas où le dit comte ne parviendrait pas à conquérir le reste de la Provence, il ne permettra pas que les habitants de la viguerie de Nice qui ont été rebelles au roi Ladislas, ont marché contre la ville et agi à son détriment puissent y retourner et conserver leurs biens, sauf bien entendu les droits créanciers.

-          Article 24 : Lorsque la ville de Nice se sera prononcé en faveur d’un des papes, le comte tâchera d’obtenir de lui qu’il affranchisse les maisons situés dans la ville et qui relèvent de l’abbaye de Saint Pons, en donnant à celle-ci, à titre de compensation, un ou plusieurs des châteaux qui appartiennent aux seigneurs rebelles à Ladislas et qui par ce moyen parviendraient au pouvoir du comte.

-          Article 25 : On établira dans la dite ville une casana, ainsi qu’il y en a l’usage dans plusieurs régions d’Italie.

-          Article 26 : Comme il arrive que les négociants débarquent à Nice des balles de marchandises qu’ils destinent à être ensuite expédiées dans les régions d’orient, d’occident ou du nord, les seuls citoyens de Nice auront le droit de recevoir ces marchandises, pour que le profit leur en soi exclusivement dévolu.

-          Article 27 : Sur la demande des syndics, le comte de Savoie ordonne qu’on annulera toutes les enquêtes et procès criminels dont est déjà saisie la cour de Nice, ou qui pourraient s’y commencer à cause des derniers évènements ; en signe de nullités on brûlera les registres et cartulaires de ces procès, sauf pourtant les droits que pourraient avoir les personnes lésées et les bans auxquels les coupables seraient tenus.

-          Article 28 : Si le comte ajoutera d’autres conquêtes à celles qu’il vient de faire, il tâchera d’obtenir qu’on  restitue aux bénéficiaires les droits dont ils auraient été privés.

-          Article 29 : Sur la demande présentée par le comte de Savoie qu’on ait à lui livrer la forteresse de Nice et les autres châteaux de la viguerie en force du protectorat qui lui a été conféré, il a été convenu que Jean Grimaldi seigneur de la baronnie de Beuil et les syndics décideraient si c’était le cas ou non de faire cette livraison.

-          Article 30 : Les syndics de Nice, au nom de leurs mandataires, promettent par serment que pendant les trois années suivantes ils obéiront au comte et que celui-ci exercera sur eux le mère et mixte empire, la haute et basse juridiction et jouira de tous les honneurs et de tous les revenus : le tout comme sous le régime des anciens comtes de Provence. Les publications se feront au nom dudit comte et vicaire impérial.

-          Article 31 : A l’expiration des trois années, si le roi Ladislas ne pourra pas rembourser le comte, Nice et sa viguerie feront acte d’hommage et de fidélité audit comte.

-          Article 32 : Le comte alors sera tenu à confirmer à la ville et viguerie de Nice, tous les privilèges qui leur ont été jadis octroyés par la reine Jeanne et les rois Charles et Ladislas.

-          Article 33 :  Dans le cas pourtant où le roi Ladislas pendant les trois années ci-dessus parvînt à un degré de tel puissance, qu’il pût rembourser tous les frais en question et que le comte après avoir restitué les territoires occupés se trouvât engagé dans une guerre avec la duchesse d’Anjou ou ses descendants, dans ce cas la viguerie de Nice serait tenue à lui donner, à titre de subside et durant la guerre, les revenus de toute sorte que la cour royale avait jadis le droit de percevoir.

-          Article 34 : Dans les cas où le roi Ladislas vendît ou cédât au comte ses droits sur la viguerie, celle-ci aussitôt lui en prêtera un hommage formel. 

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23 juin 2008

Rappelons le palmarès de Napoléon III le Petit...

Le maire de Nice a pris, avant même que d’être élu, la tête d’une camarilla parisienne faussement intellectuelle, faussement érudite, à la recherche de la médiocre notoriété médiatique que peut donner notre temps qui ne vit que de trompeuses apparences ; cette coterie de salon, éloignée des préoccupations populaires, prétend faire réhabiliter le dictateur sous prétexte que ce personnage ne devrait son affreuse réputation qu’à la vindicte de Victor Hugo qui le surnomma “Napoléon le Petit”. Mais ce ne sont pas seulement Victor Hugo, Henri Rochefort, Victor Noir ni des centaines d’autres qui l’ont flétri, qui ont jeté “l’Homme du Deux-Décembre” dans les poubelles de l’Histoire, ce sont ses actes, tout simplement.


Cet individu qui institua un régime dictatorial et “tripoteur” comme on disait à l’époque, ne fit que profiter politiquement et financièrement de l’essor industriel dû aux inventions et aux progrès techniques du XIXe siècle. On peut résumer sa vie et son œuvre à une longue suite de forfaits, de trahison, de catastrophes et de sang : 1836 tentative de coup d’Etat à Strasbourg : exil aux Etats-Unis ; 1840 tentative de coup d’Etat à Boulogne : captivité au fort Ham ; 1846 évasion ; élu député puis président de la république en 1848, jure fidélité à la Constitution ; 2 décembre 1851 coup d’Etat qui renverse la république ; Le putschiste avait fait réquisitionner la veille 25 millions à la Banque de France et distribua cette fortune à ses complices, aux généraux et aux soldats. Féroce répression : selon les chiffres « officiels » plus de 400 morts à Paris sur les barricades et 300 fusillés, 32 départements en état de siège, colonnes infernales qui pourchassaient les républicains résistants en province, lesquels étaient fusillés, emprisonnés ou envoyés au bagne. Luttes féroces dans une vingtaine d’entre eux dont la Drôme, l’Hérault, le Var et les Basses Alpes ; 26 642 personnes arrêtées ou poursuivies, 20 000 condamnées à diverses peines, dont : 239 déportées à Cayenne, 9 530 déportées en Algérie, 1 545 condamnées à l’éloignement, ou à l’expulsion, 2 804 condamnées à l’internement. Jules Simon écrivit que “ces chiffres officiels étaient inférieurs de plus de la moitié à la réalité”. La représentation nationale fut décapitée : 4 députés déportés à Cayenne, 1 en Algérie, 84 expulsés de France avec interdiction de revenir sous peine de déportation (dont Victor Hugo et Schoelcher), 18 éloignés et assignés à résidence. L’un des premiers actes du dictateur fut de rétablir la peine de mort que la république de 1848 avait abolie.


Le dictateur ne se maintint au pouvoir que par la censure de la presse, les lois et tribunaux d’exception, les candidatures officielles et les plébiscites truqués. Le 18 juillet 1870, alors que l’Empire était soi disant devenu “libéral” 49 opposants, enchaînés comme du bétail, furent traînés devant le tribunal d’exception de Blois pour complot ; le grand patriote et érudit Niçois Henri Sappia qui était du nombre fut condamné sans preuves à 15 ans de prison ! Et M. Estrosi, à qui il faut rappeler qu’un boulevard à Nice porte le nom d’Henri Sappia, se récrie quand Victor Hugo nomme le tyran : Napoléon le Petit ! Si l’on honore à Nice Napoléon le Petit, il faudra voiler les plaques qui portent les noms de Garibaldi et d’Henri Sappia, qui eux sont de vrais héros niçois. Qui réécrit l’His-toire, Victor Hugo qui l’a vécue et subie comme tant de républicains où la camarilla que préside M. Estrosi ? Mais ils ne parviendront pas à transformer une histoire écrite avec le sang en histoire à l’eau de rose. Quand on lit seulement vingt pages au hasard du Napoléon le Petit, histoire d’un crime de Hugo, qui relate la sauvagerie de la répression lors du coup d’Etat, on regrette instantanément que cet homme n’ait pas été châtié comme il le méritait. Ceux qui veulent s’éclairer sur le personnage doivent absolument lire cet ouvrage.


Donnons encore quel-ques détails sur la moralité du régime dont M. Estrosi vente les “vertus”. Pendant qu’Eugénie surnommée “Chiffons” (qui disposait d’un train spécial aménagé avec un luxe oriental) dépensait des fortunes pour enrichir ses écrins de bijoux et entassait des monceaux de toilettes dans des galeries entières des Tuileries, Morny, demi-frère du dictateur (que le coup d’état du 2 décembre avait sauvé d’une banqueroute personnelle imminente) fit une fortune dans l’agiotage et les opérations sur les Chemins de fer ; il diffusa aussi les fameux bons “Jecker” qui provoquèrent la guerre du Mexique. Le duc de Persigny fit tout autant. Il se nommait Fialin et son titre ducal fut la récompense de son active complicité lors du coup d’Etat. La vie privée de Napoléon III fut déplorable du début à la fin et la France par le biais de la liste civile désintéressa ses anciennes maîtresses, entretint celles du moment, ainsi que les nombreux enfants illégitimes qu’il n’avait pas reconnus ; en 1869 il titra l’un d’eux comte d’Orx et lui offrit un domaine de 1 200 hectares…


A ce sommaire mais édifiant palmarès il faut rajouter la désastreuse guerre du Mexique engagée pour une sordide affaire d’argent (La dette Jecker) et qui, outre le sang versé, ruina beaucoup de porteurs français souscripteurs de sociétés mirifiques mon-tées au Mexique par des officines proches du trône. Napoléon finit par retirer ses troupes et sans état d’âme laissa fusiller Maximilien qu’il avait persuadé d’accepter la couronne Mexicaine ; à son insu, l’éphémère et naïf souverain lui avait servi d’homme de paille. La guerre contre la Prusse, qui se terminera par la honteuse capitulation à Sedan, l’invasion de la France, le siège de Paris pendant lequel la population en fut réduite à marger les rats, une énorme indemnité de guerre, la perte de l’Alsace et de la Lorraine qui provoqua la guerre de 14-18, l’humiliante proclamation de l’Empire Allemand à Versailles dans la galerie des Glaces, et l’explosion populaire qui provoqua la Commune. Déchu, celui avait pris pour devise “L’Empire, c’est la Paix” et n’avait fait que des guerres sera libéré par les Prussiens après quelques mois de séjour doré dans un château où entouré de quelques maréchaux prisonniers formant sa cour, il pouvait recevoir et correspondre à sa guise. Exilé en Angleterre, après avoir renversé la république, ruiné et amoindri et humilié la France, l’empereur déchu complotait toujours. Un nouveau coup d’Etat était prévu au printemps 1873 à Lyon avec la complicité du général Bourbaki, gouverneur militaire de la ville (rappelons qu’en pleine guerre Bourbaki s’était enfui en Suisse avec ses troupes, pendant que Garibaldi prenait un drapeau aux Prussiens)… Usé par les plaisirs et une vie des plus dissolue, le césar de pacotille souffrait aussi de la maladie de la pierre ; ceci contrariait ses projets car cette affection lui interdisant de monter à cheval, condition indispensable pour haranguer les troupes casernées à Lyon. Afin d’être opérationnel au printemps, il décida imprudemment de se faire opérer à la hâte au début de l’année, trois fois à quelques jours d’intervalle ; il décéda sur la table d’opération le 9 janvier 1873, davantage victime de son ambition maladive et des abus, que de la maladie. Le hasard, sous la forme d’un bistouri anglais évita à la France un nouveau coup d’Etat.


Que pourrions-nous mettre à son actif ? Il fit abattre d’anciens îlots pour tracer les grands boulevards à Paris ? Mais c’était dans le but premier d’éviter les barricades et de pouvoir faire manœuvrer ses troupes en cas d’émeute ; le canal de Suez et les Chemins de fer ? C’était pour procurer d’immenses profits aux banques, soutiens du régime à ses complices et à lui-même. Il a fini, par octroyer le droit de grève ? Oui mais en interdisant aux ouvriers le droit d’association ; il a gouverné légalement par plébiscites ? Oui, mais ils étaient truqués ; il y avait pourtant des élections ? Oui, mais il désignait des “candidats officiels” qui disposaient de tous les moyens coercitifs et financiers des préfectures… On pourrait continuer longtemps l’énumération. Ce régime fut corrompu à un tel point que les souverains furent même méprisés et abandonnés par ceux qu’ils couvraient d’or. A la chute du régime, l’impératrice ne trouva pas, parmi tous ces profiteurs galonnés et empanachés, une seule personne pour l’aider et la protéger, pas une ! Elle demanda effrayée : “Mais où sont les bonapartistes ?” On lui répondit pudiquement : “Ils sont à la guerre”… C’est l’ambassadeur d’Autriche, qui la conduisit dans la rue, appela un fiacre et disparut ! Jetée sur le pavé comme un encombrant paquet alors que la foule envahissait les Tuileries, elle erra de porte en porte… Elles demeurèrent closes. Son manque de dignité fut tel qu’elle finit par s’asseoir sur un perron pour attendre… son dentiste ! Etant Américain et politiquement neutre il la reçut et la cacha. Sa fuite vers l’Angleterre fut tout aussi lamentable. Marie-Antoinette fut extrêmement digne dans la charrette qui la conduisait à l’échafaud et certains de ses partisans tentèrent sans succès de la faire fuir, Louis XVI trouva des nobles, des Suisses, et des gardes du corps pour mourir pour lui le 10 août aux tuileries, Charles X embarqua à Boulogne pour l’exil entouré de 20 000 hommes, des troupes fidèles s’étaient proposées pour protéger Napoléon 1er lors de sa seconde abdication… Et bien Eugénie, reine des fêtes de l’Empire, entourée de Maréchaux, de généraux, de ministres, de préfets, d’ambassadeurs, d’archevêques, passant des revues, acclamée par une claque composée de policiers civils, ne trouva personne…

De Prusse, Napoléon le Petit écrivit à son épouse exilée en Angleterre : “Lors-que je serai libre, je voudrai aller vivre avec toi et Louis dans un petit cottage avec des bow-windows et des plantes grimpantes. Je me suis amusé à faire un budget qui correspondrait à ce que nous pourrions avoir de revenus je te l’envoie…” ; quelle grandeur d’âme ! pendant que le responsable de la catastrophe pensait à son magot et aux plantes grimpantes, dans Paris assiégée, on mangeait des rats… Ceux qui veulent “réhabiliter” un tel homme, un tel régime, ont une très curieuse idée de la démocratie, et quand il s’agit du maire de Nice, les Niçois peuvent légitiment s’inquiéter.

Ce régime corrompu jusqu’à moelle était déconsidéré et méprisé même par ceux qui le composaient et en tiraient profit. Ce détail est loin d’être négligeable, il confirme sa véritable nature : une association d’escrocs assoiffés de profits, de comploteurs toujours à l’affût d’un avancement, de militaires qui rêvent de guerre et de commandements, de juristes prêts à trahir les lois, des ministres serviles qui suivent l’homme qui peut les élever encore plus haut… Et un prince-président qui coordonne toute cette cour des miracles des beaux quartiers pour renverser la République dans un bain de sang. Les opposants qui ne sont pas morts sont exilés, le peuple est muselé d’une main de fer, les libertés sont supprimées, les élections sont truquées et durant dix huit ans tout ce beau monde entasse les profits, les honneurs, les places, les prébendes, plastronne à l’opéra, ne boit que du champagne millésimé et entretient des ballerines… Un capitaine coule avec son bateau, mais ce régime-là, s’effondre dans la honte d’une capitulation sans gloire et tout le monde se volatilise instantanément, comme des malfaiteurs à la vue du gendarme… Quand le décor s’effondre, l’impératrice de ce grand bal des vanités, de la concupiscence, de la trahison et du déshonneur, se retrouve seule, abandonnée sur le pavé de Paris. Mais la régente de l’empire, dans un dernier élan de grandeur sublime, pensant aux armées défaites, aux soldats morts, aux prisonniers qui manquaient de tout, à la France envahie, à Paris menacée, avait pris la veille de sa fuite… la précaution de faire mettre ses malles de bijoux à l’abri dans une ambassade étrangère ! Tout est perdu, le pays est par terre, sauvons la caisse…

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22 juin 2008

Certains journalistes écorchent notre histoire...

C’est courant dans le monopole de presse niçois, et si l’on devait mettre à bout les bévues, l’ignorance et la désinformation sur l’histoire de Nice, on pourrait en faire un livre. La dernière “erreur” en date concerne l’article sur “la corniche de la Bourse de travail qui menace de s’effondrer”. Sur onze lignes, son rédacteur a trouvé moyen de commettre une erreur et une incongruité à la fois… en écrivant : “…édifice qui tint lieu de mairie au Nice médiéval”. Evidemment, Nice au Moyen-Age, étant peuplée de sauvages, comme chaque Parisien le sait, n’avait pas de structures sociales et administratives. Il y avait donc un bâtiment qui tenait lieu de mairie…

Ce journaliste ne doit pas savoir que Nice, qui a derrière elle vingt-cinq siècles d’histoire, est aussi ancienne que Lutèce, et que les Consuls de Nice qui ne siégeaient pas sur la plage, mais dans un bâtiment équivalent à une mairie d’aujourd’hui, proclamèrent l’indépendance de la ville en 1108 et promulguèrent le municipe ainsi que des statuts très élaborés. Il devrait se renseigner pour savoir comment vivaient les Parisiens en 1108 et sous quel régime. Nice ne craint pas, vraiment pas la comparaison. Et ce d’autant que les Parisiens durent attendre jusqu’en 1789 pour se débarrasser de la féodalité. Les Niçois l’avaient bien secouée cinq siècles avant eux. Leur tribunal de Commerce fut créé en 1448, c’est le plus ancien de France et en 1492 un traité d’arithmétique était imprimé à Nice. En 1520, Nice disposait d’un Hôtel de la Monnaie et en 1559 d’une université et d’un collège de droit. En 1770, Ambrogio Bertrandi publie à Nice un important traité de chirurgie avec des planches reproduisant tous les instruments étonnament sophistiqués pour l’époque. Nous renvoyons donc au rédacteur le terme méprisant de “tint lieu”. Nice en tant que municipe indépendant a disposé d’une “mairie” en 1108, même si elle ne portait pas ce nom.


Une petite leçon d’histoire maintenant, car ce rédacteur en a bien besoin. Les historiens considèrent que le Moyen-Age est la période allant du Ve siècle au dernier quart du XVe siècle. Or le bâtiment dont il parle date du XVIe ; il fut bâti en 1574 pour remplacer l’ancien bâtiment consulaire qui était devenu trop exigu. Il fut donc édifié après le Moyen-Age. Et il demeura l’Hôtel de Ville de Nice jusqu’en 1860, date à laquelle la puissance annexante en décida autrement. Depuis, étant laissé volontairement à l’abandon, car il rappelle trop l’identité niçoise et le particularisme dérangeant pour la France, cultivé par les Niçois, il s’est dégradé et… ses corniches menacent ruine…

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24 avril 2008

Les Niçois et les Occitans : un désamour séculaire...

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Depuis des siècles les Niçois et les Provençaux s’entendent comme chiens et chats comme le dit un ancien proverbe niçois. Le récent “congrès” du Parti de la Nation Occitane à Nice est l’occasion de le rappeler et d’expliquer les motifs de ce grand désamour. Il faut préciser tout d’abord que “l’Occitanie” telle qu’elle a été appréhendée par ses inventeurs s’étend sur un immense territoire réparti sur 33 départements qui va de Toulouse à la Provence et déborde en Catalogne et dans certaines vallées italiennes ; ceux qui voient cet ensemble hybride comme une seule entité, s’appuient sur une ancienne similitude de langage, à savoir la langue d’Oc.

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Cette théorie pêche évidemment par une méconnaissance volontaire des réalités : la différence de vécu historique de ces régions, leurs particularismes et le manque de volonté commune de peuples qui ont des intérêts divergents ; le pays de Nice en est l’exemple le plus évident. L’intellectuel niçois Stéphane Bosio écrivait très justement : “Ce qui crée l’individualité d’une population, c’est la somme de ses intérêts et de ses affections, déterminant en elle la volonté de former une commune, une province, un Etat, quelle que soit la langue qu’elle parle, quelle que soit la configuration géographique du pays qu’elle habite”. La Provence fait partie de l’Occitanie et par contre coup, le pays de Nice revendiqué par la Provence serait une petite sous préfecture vassale de l’Occitanie. Et là le bât blesse car les Niçois, depuis toujours refusèrent opiniâtrement l’autorité provençale et s’érigèrent même en municipes indépendants en 1108.

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Cette année, nous fêtons le 900e anniversaire de cet événement majeur, évidemment passé sous silence. C’est pour échapper aux Anjou, maîtres de la Provence que les Niçois signèrent en 1388 la charte de dédition avec la Maison de Savoie. En 1706, quand Louis XIV parvint à réduire provisoirement Nice, les Niçois stipulèrent comme condition dans l’acte de capitulation de ne jamais être rattachés au Gouvernement général de Provence ; le roi accepta et se proclama habilement comte de Nice ; ainsi les Niçois n’eurent pas de compte à rendre à la Provence. En 1792 la soldatesque révolutionnaire qui envahit et pilla Nice était composée essentiellement d’éléments provençaux ; en 1860, les Comités pro français qui truquèrent le plébiscite, ainsi que le préfet impérial du Var, firent inscrire en masse et illégalement sur les listes électorales des prétendus “cousins provençaux” qui furent très mal accueillis quand ils vinrent en renfort pour faire la claque lors de la passation de pouvoir à la France… Tout ceci ne scella pas une histoire d’amour entre Nice et la Provence. Depuis, Marseille vampirise Nice économiquement, bénéficie de toutes les aides et vient de se voir assigner par le président de la république française le rôle de capitale du monde méditerranéen à notre détriment…

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Le maître à penser des Occitans est le célèbre Frédéric Mistral. L’auteur de Mireille, avec six intellectuels, fonda le Félibrige en 1854 dans le but d’assimiler tous les particularismes du Sud. Les autorités françaises ne furent pas étrangères à la mise ne place de ce mouvement culturel censé fédérer les pays du Sud autour de la Provence et donc de la France qui de surcroît voulait s’emparer du pays de Nice. Plus tard, en 1880 le mouvement occitan tenta une implantation à Nice en créant une antenne félibréenne “l’escola Bellanda”. le 5 mars 1882 la “Maintenance de Provence” tint son assemblée à Nice en présence de Mistral. Lors de l’inauguration de “l’escola Bellanda” il tint un discours qui hérissa les vrais Niçois : “…Qui m’aurait dit alors, que, peut-être trente ans après, en revenant à Nice, que la trouverais française et de plus en plus provençale, avec sa vaillante “école de Bellanda” qui arbore dans l’azur de votre golfe merveilleux, le gai drapeau du Félibrige… Que toujours, belle Nice, tu t’épanouisses au soleil pour l’honneur de la Provence, pour la gloire de la France…”

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Beaucoup de Niçois furent choqués qu’une association soit créée à Nice “pour l’honneur de la Provence et la gloire de la France” et qu’elle porte le nom de “Bellanda” appellation évoquant l’ancien château de Nice, rasé par les troupes françaises et provençales… Ils ne comprirent pas non plus pourquoi leur ville devait “s’épanouir pour l’honneur de la Provence et la gloire de la France” alors que ces dernières se servaient uniquement de Nice comme bouclier militaire à leurs frontières et que l’aide de France qui n’y construisait que des casernes, était plus que chiche. Nice devait effectivement s’épanouir, mais pour elle-même, et au bénéfice des Niçois…

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Un long combat s’engagea entre les défenseurs de Nice et les Provençaux désireux de niveler les particularités niçoises. Derrière les considérations linguistiques et culturelles se profilaient évidemment des raisons politiques que l’on ne pouvait alors évoquer car Paris exerçait un centralisme quasi dictatorial. C’est donc sous le prétexte de défendre les particularités linguistiques niçoises que beaucoup d’érudits niçois défendirent bec et ongles l’exception historique qui faisait de leur ville, anciennement indépendante, une entité à part. Cette lutte laissa bien des cicatrices. L’érudit avocat Pierre Isnard dans un discours pourtant prononcé en l’honneur de mistral en 1930, en profita pour décocher une flèche acérée aux Provençaux, ainsi qu’un avertissement : “… Le 5 mars 1882, lors d’une assemblée générale de la Maintenance provençale à Nice, le Varois Sardou, encouragé par le gouvernement, fonde avec des étrangers à notre province, l’Ecole Bellanda. Cette tentative impopulaire échoue, mais apporte parmi nous un trouble non encore dissipé… Nice à son particularisme qu’elle conserve avec piété et qu’elle défend âprement. Avec son comté, elle entend rester une province spéciale…” La lutte se porta ensuite à l’Acadèmia nissarda ; Isnard adressa une lettre sévère au secrétaire général Joseph Giordan qui avec son association le Caireu militait pour la provencialisation du Nissart : “... Je ne vous cache pas qu’il m’a été très pénible de vous voir prendre la tête du mouvement provençal à l’Acadèmia, engager la lutte et mener le combat pour essayer de faire adopter des formules provençales juste au moment ou le Caireu fait publier que ses membres écriront désormais le Niçois avec l’orthographe mistralienne pure. La position que vous avez prise me paraît d’autant plus étrange que vous n’écrivez pas en Niçois et que vous m’avez souvent dit que la question du système de l’orthographe vous importait peu ; elle crée dans tous les cas une fissure très regrettable dans notre bloc… Quoi qu’il advienne, je demeure plus que jamais fidèle à notre drapeau…”

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Après la publication par Isnard de la fameuse lettre du journaliste Fenochio écrite en 1860 qui fit scandale (elle relatait la colère des Niçois le jour de la passation des pouvoirs à la France et évoquait un “peuple rivé à ses chaînes”), la “regrettable fissure” devint brèche et la fine fleur des érudits niçois : Pierre Isnard, Louis Cappatti, Stéphane Bosio, Eugène Ghis et Edmond Raynaud, démissionnèrent, de l’Acadèmia qui n’était plus niçoise mais française, la décapitant pour longtemps. Eugène Ghis conclut ainsi un très brillant article publié dans l’Armanac de 1928 à propos du “Trésor du Félibrige” censé unifier la langue provençale : “Les interpolations prétendues nissardes du “Trésor” de Mistral trahissent outrageusement notre parler… On y rencontre presque autant d’inexactitudes qu’il y a d’expressions prétendument nissardes et ces inexactitudes ne sont pas purement superficielles, les erreurs sont foncières… Pour avoir l’unité, le graphologue a dû détruire le parler dissident et ce sera la morale de mon histoire : quand on veut assimiler sous quelque rapport que ce soit le Nissart au Provençal on est conduit fatalement à supprimer le Nissart…”

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25 décembre 2007

Lou Présépi Nissart, cœur de la culture populaire niçoise, par Alain Roullier

Le temps de Noël est arrivé avec son cortège de souvenirs, de branches de houx, d’étoiles scintillantes et de boules multicolores qui dansent la farandole dans les yeux des enfants. Il est bon de rappeler nos traditions niçoises, à une époque où l’on ne peut plus faire une crèche ou placer un sapin de Noël dans une maternelle sous prétexte de laïcité ou d’incongruité vis-à-vis d’autres cultures. Aujourd’hui beaucoup d’ethnies et de nationalités vivent chez nous et le pouvoir central voudrait nous dépouiller de nos racines, pour que nous nous adaptions aux mœurs et coutumes des nouveaux venus. La logique et le bon sens veulent que les nouveaux venus s’adaptent aux coutumes des pays où ils vivent. Mais le bon sens n’a plus cours au pays de Descartes, le bon sens n’est plus français…

Depuis des siècles les Niçois ont toujours, avant les autres accueilli l’étranger, le banni et le persécuté qui venaient travailler dans leur ville, mais les Niçois sont chez eux ; ils ne plieront pas l’échine devant les philosophies décadentes de multi ceci et de pluri cela venues, d’outre Var et hissées au pinacle du credo jacobin par un pouvoir central en pleine déliquescence. Que cela plaise ou non a certains, les Niçois ont une histoire de 25 siècles, ils sont chez eux et ils sont toujours debout, ils entendent demeurer ce qu’ils sont et conserver jalousement les traditions héritées de leur ancêtres.

A Nice, la culture et l’identité niçoise primeront toujours sur toutes les autres, que nous acceptons volontiers à condition qu’elles ne gênent pas la nôtre et ne soient conquérantes en aucun façon ; cette vérité est incontournable et aucun pouvoir au monde ne pourra battre en brèche. J’évoquerais donc l’une des traditions populaires de Noël auxquels nos ancêtres étaient très attachés : le Présépi Nissart.

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Le Présépi est une ancienne tradition naïve du peuple niçois, exprimée d’abord par le biais de marionnettes en bois. Ces figurines représentaient des personnages populaires symboliques ou emblématiques de la ville. Les représentations étaient données en Veille-Ville dans les arrières boutiques ou dans des théâtres de marionnettes ambulants. Bien que cette tradition soit plus ancienne depuis 1830. Guisol dit dans sa Mensoneghiera que « li mariota » faisaient des délices des Niçois. Dans la Nemaïda, le grand écrivain niçois Rancher met en scène le personnage de « Fieùferre » qui près du Pont-Vieux montrait ses marionnettes dans une baraque en bois.

Après l’annexion, la résistance du peuple niçois se concentra dans la tradition populaire et les spectacles de mariota se multiplièrent, notamment au théâtre Risso. Le chroniqueur Humbert Oberti souligne que « ses animateurs ont toujours été des ouvriers et artisans de la veille ville qui exprimaient dans des rimes souvent baroques leur humour spécifiquement local ; les chants du Présépi sont des vestiges du vieux « nouvé » (Noëls) de Saboli, de Mehul, de Martin Seitour et d’autres anonymes que Nice a toujours révélés en son sein ».

Le barde niçois Menica Rondelli recueillit ces traditions orales et édita son Présépi en 1919 puis le réédita en 1926. Parallèlement aux théâtres de marionnettes, le Présépi était joué en pièce de théâtre par des intervenants amateurs issus du peuple qui véhiculaient avec simplicité et naturel la quintessence de l’esprit niçois. Ces représentations populaires étaient originales et vivantes car les acteurs déclinaient un texte qui n’était pas figé : dans un cadre convenu dont le thème était la naïveté, des personnages immuables prenaient la liberté d’insérer malicieusement dans le texte classique, des points de l’année écoulée, des traits d’humour ou de moqueries ; le spectacle devenait une satire de la société niçoise et parfois de la structure religieuse de l’époque. A ce titre dans les temps anciens, les Présépi n’étaient pas très bien vus par l’Eglise et se jouaient en lieux discrets devant un public complice.

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Les personnages immuables du Présépi était l’ange Bouffareu, lou Curat, lou Trouble (le Diable), Barba laurens, Barba Martin, lou coumaire Cicoun, lou Pescadou, et lou Cassaire ; mais d’autre venaient parfois compléter la compagnie : coumpaire Simoun, pendant masculin de coumaire Cicoun, la cancanière, lou Sacristan,  la Fliusa, lou Pastre, lou Mestre, lu doui gendarma représentant l’autorité que l’on brocardait… sans oublier la redoutée tanta Chiquetta… la mort, qui avait fauché les trépassés de n’année écoulée…

Les acteurs occasionnels déclinaient malicieusement, avec la verve niçoise, les travers des uns et les mécomptes des autres. Deux seulement des personnages du Présépi représentaient nominalement deux des familles les plus anciennes et les plus ancrées, à l’époque, dans la tradition populaire : l’importante famille Martin et l’antique famille patricienne Laurens, qui figure à l’Amorial du comté (et construisit entre autre le couvent des Dominicains en 1243 à Saleya). Elles étaient représentées respectivement par Barba Martin et Barba Laurens (le « s » final ne se prononçant pas). Le terme barba signifie oncle en Nissart, mais aussi par extension, le patriarche de la famille, l’autorité morale, celui qui est respecté et écouté et auprès de qui l’on prend conseil. Il était d’usage que l’aîné des Martin et des Laurens vienne interpréter le rôle dévolu à sa famille. Mon grand-père maternel, Honoré-Rosalinde Laurens, (ainsi prénommé, en l’honneur de Joseph-Rosalinde Rancher, ami de sa famille et lui aussi d’ancienne souche niçoise), allait chaque année selon la tradition interpréter le rôle de Barba Laurens dans le Présépi et je me souviens encore de la magnifique crèche niçoise qu’il avait artistement composée, dans laquelle l’on plaçait toujours une Arlésienne, en souvenir du très lointain passé provençale de sa famille, en 1100, avant que l’une de ses branches ne s’installe à Nice, et n’abandonne ses fiefs en Provence lors de la dédition de 1388 pour demeurer Niçoise.

On a plus tard appelé Présépi les crèches niçoises. La plupart des anciennes familles niçoises excellaient dans l’art de la crèche. On confectionnait des moutons avec des toisons de vraie laine, des paysages en papier mâché agrémentés de vraie mousse, des machineries qui mettaient en mouvement les ailes des moulins et l’eau factice sous les ponts, des personnages en divers matériaux et tissus etc… Les plus célèbres de ces crèches étaient connues et se visitaient chez les particuliers. On fit même des concours de Présépi, dotées de prix, et chaque année l’on améliorait et enrichissait ces petites merveilles.

Aujourd’hui, par extension l’on nomme aussi Présépi les crèches provençales vivantes, ce qui est une déformation de la tradition niçoise, mais à Nice, certaines troupes jouent encore des Présépi, plus ou moins fidèles à la tradition ; des auteurs en écrivent même des nouveaux en nissart, en y incluant des thèmes plus modernes. Espérons que ces traditions perdurent afin de conserver l’âme niçoise et l’identité de notre peuple ; et ne nous contentons pas d’espérer et de laisser les autres agir, mais devenons acteurs de notre identité et incitons nos jeunes à faire de même.

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28 octobre 2007

La presse niçoise d'autrefois

A Nice, pamphlets et libelles, de tout temps, traduisirent les humeurs de la population. En 1771, Pierre-Joseph Chiesolme, imprimeur et libraire niçois, obtint du roi l’autorisation d’éditer une gazette, qu’il appellera Le Courrier de Nice ; sera le premier journal niçois. Il y eut toujours dans notre ville, pléthore de journaux et de feuilles occasionnelles dont la durée de parution fut plus ou moins longue.

Avant l’annexion, trois journaux soutinrent les partis en présence : L’Avenir de Nice de Carlone manipulé par le consul de France était l’organe des bourgeois annexionnistes, La Gazette de Gonzague Arson défendait la thèse d’une Nice neutre et indépendante, Il Nizzardo était la feuille des partisans de la Maison de Savoie et dans Les Guêpes Alphonse Karr, bien que pro-français, décochait des coups de griffes à tout le monde.

Après l’annexion, Nice connut la censure impériale mais quelques journaux purent paraître : Le Phare du Littoral, Le Mensoneghiera du Provençal Guisol qui prétendait défendre les ouvriers mais chantait les laudes de Napoléon III qui les tyrannisait, Le Reveil qui dès la fin du régime dénonça longuement les turpitudes financières du maire Malausséna. Durant la IIIème République en 1871, le Diritto di Nizza de l’avocat-journaliste Joseph André défendit les Niçois qui le 8 février élirent massivement à 72,73% à la députation Garibaldi, Piccon et Bergondi avec mandat impératif de faire abroger le traité de Turin. Nice fut envahie par la cavalerie, l’artillerie et par 10 000 fusiliers marins saoulés à la gnole dès qu’ils débarquaient à Villefranche pour qu’ils sabrent les Niçois qualifiés de « Prussiens » par leurs officiers. Le Diritto fut interdit et réapparut brièvement sous le nom de la Voce di Nizza. Joseph André continua le combat avec le Pensiero di Nizza ; mais au moment où fut inauguré le moment « du centenaire » célébrant l’invasion de Nice en 1792 par la soldatesque française (qui pilla Nice, réduisit la population à la carte de pain, tortura, fusilla les résistants Barbets, en clouant même les cadavres sur les portes, enrôla les jeunes Niçois de force) Joseph André écrivit très justement : « Ce monument est une insulte à la mémoire de nos ancêtres » ; cette vérité fut fatale au Pensiero qui tomba sous le coup d’une loi d’exception et disparut.

La presse satirique et dialectale

Réduits par les armées et ne pouvant plus lutter sur le terrain politique, les Niçois tentèrent de sauver leur identité en faisant apparaître de 1880 à 1936 diverses feuilles culturelles, satiriques ou dialectales, les plus connues sont ; Le Diable boiteux, Le journal comique de Nice et Monaco, Nice Caricature, La Feneria, le Vampire de Nice, Le Contrebandier, La Trique, La volonté de Nice, Le Tam-tam Niçois, Le Ciapacan, Le Masque, Le Carillon de Nice, La Libre Parole, Le Bavard, La Cravache, La Comédie niçoise, le petit Niçois, La Guêpes, La Casserole, Le Don-Quichotte des A-M…

La Griffe (1904-1913) dénonce toutes les injustices, « la République pourrie », demande des réformes… Le Niçard défend Nice contre les abus, houspille le préfet Granet et le maire Sauvant, demande l’annexion de Monaco… Le Diable à Quatre, s’en prend à Borriglione et ceux qui critiquent la ville avant de s’attaquer à Sauvan et à Raiberti… Le Caméléon vilipende à la fois Mussolini, la municipalité et le gouvernement… Un seul de ces journaux survit à la Seconde Guerre mondiale, Le Mesclun qui est rédigé par l’équipe du Caméléon.

La presse dialectale abonde : La Bugadiera, Lou Compagnié, Lou Sincaïre, Lou Pajoun, Lou Timablier Nissart, l’Ae, La Lanterna Magica, Lou Ficanas (qui refuse toute forme de provencialisation et attaque la municipalité Alziary de Malausséna), La Vous de Nissa, Lou Montagnard, Lou Tirignon, Lou Councia-Carema, La Socca, La Rasclada, La Ramassa, La Ratapignata (le fondateur de la première série : Menica Rondelly prit pour devise : Nice aux Niçois ; Jouan Nicola sera directeur de la seconde série), La Mouissara, l’Aigla Nissarda, La Tornada, l’Hebdo de la Riviera… Et ceci n’est  qu’un aperçu des feuilles qui circulaient à Nice.

La presse pendant la guerre.

Les hostilités entraînèrent l’interdiction du Cri des travailleurs et la fusion de l’Eveil et de La Semaine religieuse ainsi que la réduction de format de l’Eclaireur et du Petit Niçois, lesquelles s’alignèrent sur Vichy ; L’Alerte devint l’organe de la « révolution nationale ». Une presse clandestine d’opposition apparut : Combat, l’Humanité, Le Cri des travailleurs, Franc-Tireur, Libération, Fraternité, Le Réveil syndical, le patriote Niçois, et même La Parola del soldato destinée aux militaires italiens…

Durant l’occupation italienne, la presse demeura relativement libre et l’autorité italienne refusa même du papier au propriétaire de Petit Niçois qui voulait fonder une feuille pro-italienne ! La censure se durcit avec l’arrivée des Allemands ; le 25 mai 44, la Gestapo découvrit dans les locaux de l’Eclaireur des faux tampons allemands. Son rédacteur en chef fut déporté, 9 journalistes et techniciens furent emprisonnés et les directeurs politiques administratifs placés en résidence surveillée. Le journal suspendit sa parution jusqu’au 5 juin.

La presse d’après-guerre

Certains journaux disparurent, d’autres changèrent de main et de titres dans de troubles circonstances. Le jour de la libération apparut, sous forme de tract, le fameux Ergot, contrôlé par le groupe du résistant Lenoir ; il suivit de près l’épuration, dénonça les traîtres et faux patriotes, puis n’ayant plus rien à dénoncer sombra dans la calomnie. Les résistants prirent possession des presses : Combat fut l’organe du mouvement des « modérés », L’Espoir, celui des socialistes SFIO, Le Patriote Niçois celui du Front National (d’alors), le Cri devint l’Aurore, celui du parti communiste.

Le quotidien La Liberté ainsi que l’hebdomadaire l’Avenir furent les organes des chrétiens. Nice-Matin se constitua avec les éléments de Combat et de l’Espoir. Tous ces journaux soutenaient les principes démocratiques et l’union pour la reconstruction du pays. Bien que respectant le chef de la France libre, ils furent vite en proie à des divergences politiques et commerciales. La pénurie de papier, la nécessité d’utiliser les mêmes presses, accentua les rivalités. Bientôt la radicalisation politique amena la disparition de la plupart de ces titres et l’émergence de deux principaux organes, l’un soutenant la droite (Nice-Matin) et l’autre la gauche (Le Patriote). Il ne restait dès lors pratiquement rien des anciens journaux qui avaient fait la richesse de la vie publique niçoises ; la pluralité de la presse Nice avait vécu. Les Niçois, pour se faire une opinion, ne pouvaient plus consulter que deux journaux, l’un de gauche, l’autre de droite.

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21 juin 2007

Le nom de la jeune martyre niçoise enfin révélé

La Ligue pour la Restauration des Libertés Niçoises (L.R.L.N.) souhaite commémorer désormais, le 6 juin, la jeune fille niçoise qui fut pendue sur l’ordre de l’intendant français Gayot. En 1705, Louis XIV écrasa Nice sous un déluge de bombes et boulets chauffés à blanc, durant trois semaines. Le 10 avril, la ville basse s’était rendue, mais le marquis de Caraglio s’était enfermé dans le château, bien décidé à poursuivre la lutte. Le roi de France qui avait provisoirement changé ses plans décida d’attaquer Turin et demanda une trêve de six mois au marquis de Caraglio, qui accepta, afin de consolider ses ouvrages défensifs. Au début du mois de juin, en pleine trêve, une jeune niçoise inconnue monta au château apporter un panier de nourriture à un parent qui s’y trouvait. Les soldats français s’emparèrent d’elle et l’emprisonnèrent dans la tour pairolière. L’intendant français Gayot la fit pendre, sans autre forme de procès, violant la trêve. Certaines chroniques disent qu’elle fut suppliciée à la porte pairolière, d’autres qu’elle fut pendue à un arbre du Cours.

Alain Roullier, président de L.R.L.N., entreprit donc des recherches pour tenter de donner un nom, sinon un visage à cette héroïne niçoise inconnue. Au mois de juin de l’année dernière nous avions publié un article sur ce sujet. Des lecteurs nous ont écrit, et certains ont fourni des renseignements qui correspondaient à ceux qu’avait obtenus Alain Roullier. Mais avant de livrer un nom et de le hausser aux honneurs publics, il convenait de lever une dernière ambiguïté ; Alain Roullier a donc effectué des recherches dans les archives de sa famille maternelle (les Laurens, qui ont une présence attestée à Nice depuis 1243 par Scaliero et l’historien Durante entre autre) et il a mis au jour des éléments concordants et certains.
Nous avons donc le grand plaisir, en ce mois anniversaire de sa mort, de livrer aux Niçois le nom de notre héroïne, enfin tirée de l’oubli : nous aurons donc maintenant deux Catherine à honorer, l’une se battit contre les Français et leurs alliés Turcs, et l’autre dans de semblables circonstances fut assassinée par ordre de l’intendant français de Louis XIV. Les agresseurs français d’autrefois ont donc suscité une héroïne et supplicié une martyre sur notre sol… Il s’agit de la jeune Catherine Ribauda, qui 302 ans après sort d’un injuste anonymat. Honneur à elle !

En historien pointilleux, Alain Roullier craignait que le sieur Gayot ait employé par mépris le mot “ribaude” pour qualifier “une fille de rien” anonyme qu’il avait fait pendre. Il chercha donc dans ses très importantes archives de famille, si ce nom, par hasard, apparaissait au détour d’un document ancien. Effectivement il s’agit bien d’un nom niçois ; masculinisé sous la forme “ribaud”, “ribaudi” et par extension “roubaudi”, on le retrouve plus tard sur les listes du plébiscite de 1860 (les vraies, non celles rajoutées par les comités pro-français). Après avoir livré au public Nice contemporaine, le livre interdit d’Henri Sappia et le nom de l’héroïne anonyme, Alain Roullier nous promet d’autres révélations sur l’histoire confisquée de Nice pour bientôt…

Les Nouvelles Niçoises, juin 2006

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